Buch 
Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
Entstehung
Seite
307
JPEG-Download
 

BOSSUET.

307

de Richelieu et de Mazarin; voilà le grand règne reculé de dix ou quinzeans, et la minorité du monarque singulièrement prolongée par un coupd’autorité auquel on ne s’attendait pas 1 . M. Poujoulat, en prenant cesassertions très au sérieux et sans se permettre jamais d’en sourire, les acombattues avec avantage. Bossuet, ce me semble, nous offre en parti-culier un des plus grands et frappants exemples du genre de bienfaitsque le siècle de Louis XIV dut au jeune astre de son roi dès le premierjour. Distingué par la reine Anne d’Autriche, devenu vers la fin son pré-dicateur de prédilection, Bossuet avait d’abord dans le talent quelqueluxe d’esprit, quelques-unes de ces subtilités abondantes et ingénieusesqui tenaient au goût du jour. Ainsi, prêchant devant la reine mère, en1658 ou 1659, le Panégyrique de sainte Thérèse , Bossuet, excité peut-être par les recherches de style de la sainte espagnole, et développant àplaisir un passage de Tertullien qui dit que Jésus, avant de mourir,voulut se rassasier par la volupté de la patience, ne craindra pas d’ajou-ter : « Ne diriez-vous pas, Chrétiens, que, selon le sentiment de ce Père,toute la vie du Sauveur était un festin dont tous les mets étaient destourments? festin étrange selon le siècle, mais que Jésus a jugé dignede son goût! Sa mort suffisait pour notre salut; mais sa mort ne suffisaitpas à ce merveilleux appétit qu’il avait de souffrir pour nous. » Voilàbien du bel esprit qui tient encore au genre à la mode sous la Régence.Mais, admis à parler devant le jeune roi, il apprit vite à corriger ce

i. C’est dans l’Avant-Propos du volume intitule Madame de Longueville que M. Cousin adil : « L’influence de Louis XIV se fait sentir assez tard. 11 n’a pris les rênes du gouverne-ment qu’en 1601, et d'abord il a suivi son temps, il ne l’a pas dominé; il n’a paru réellementlui-même que lorsqu’il n’a plus été conduit par Lyonne et Colbert, les derniers disciples deRichelieu et de Mazarin. C’est alors que, gouvernant presque seul et supérieur à ce qui l’entou-rait, il a mis l’empreinte de son goût, etc., etc. » — L’idée de faire régner et gouvernerM. de Lyonne en lieu et place de Louis XIV est surtout des plus singulières. Quoi! parce queM. Mignet, en publiant les Négociations relatives à la Succession d’Espagne, a montré parune suite de dépêches que M. de Lyonne était un très-habile secrétaire d’État des Affairesétrangères, voilà que vous en faites un homme qui retarde l’avénement réel de Louis XIV, etqui provisoirement le détrône dans votre esprit! Jamais on n’a plus abusé du parti à tirerdes papiers d’État que de les faire servir à une telle conclusion. Mais la vue de tous papiersposthumes et inédits cause à M. Cousin une sorte d’éblouissement. Louis XIV dans sesMémoires, parlant de M. de Lyonne’à la date de sa mort, se contente de dire : « En 1671, unministre mourut qui avait la charge de secrétaire d’État, ayant le département des Affairesétrangères. Il était homme capable, mais non pas sans défauts; il ne laissait pas de bienremplir ce poste, qui est très-important. Je fus quelque temps à penser à qui je ferais avoirsa charge... » C’est ainsi que s’exprime un roi.