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BOSSUET.
genre de saillies et à les réprimer. Louis XIV, lorsqu’il entendit pourla première fois Bossuet, le goûta beaucoup et eut envers lui un procédécharmant, bien digne d’un jeune roi qui a encore sa mère : il fît écrireau père de Bossuet, à Metz, pour le féliciter d'avoir un tel fils. Qui nesent pas cette délicatesse n’est- pas fait non plus pour sentir le genred’influence que put avoir ce jeune prince sur l’imagination vaste etl’esprit si sensé de Bossuet. Louis XIV eut de tout temps la parole laplus juste, de même qu’il avait, dit-on, la rectitude et la symétrie dansle coup d’œil. Il y avait en lui, il y avait autour de lui quelque chosequi avertissait de ne pas excéder, de ne rien forcer. Bossuet, en parlanten sa présence, sentit, pour un certain goût élevé, qu’il avait en face desoi un régulateur. Je ne veux rien dire que d’incontestable : Louis XIVbien jeune a été utile à Bossuet pour lui donner de la proportion ettoute sa justesse. Le grand orateur sacré continua de ne devoir qu’à lui-même et à l’esprit qui le remplissait ses inspirations et son originalité.
Il y a un fait qui se peut vérifier : dans cette suite des Sermons deBossuet qui ont été rangés, non pas dans l’ordre chronologique où il lesa composés, mais selon l’ordre de l’année chrétienne, en commençantpar la Toussaint et l’Avent et en finissant par delà la Pentecôte, voulez-vous à coup sûr mettre la main sur un des plus beaux et des plus irré-prochables, prenez T un quelconque de ceux dont il est dit : Prêchédevant le roi.
Je ne puis m’empêcher encore d’exprimer une pensée. Oh ! quandil parle si à son aise de Louis XIV, de Louis XIII et de Richelieu,donnant bien haut la supériorité à ce qu’il préfère et à ce qu’il croitqui lui ressemble, je m’étonne que M. Cousin ne se soit jamais posé uneseule fois cette question : « Qu’aurait gagné, qu’aurait perdu monpropre talent, ce talent que l’on compare tous les jours à celui desécrivains du grand siècle, qu’aurait-il gagné ou perdu, cet admirabletalent (j’oublie que c’est lui qui parle), si j’avais eu à écrire ou àdiscourir, ne fût-ce que quelques années, en vue même de Louis XIV,c’est-à-dire de ce bon sens royal calme, sobre et auguste? Et ce que j’yaurais gagné ou perdu dans ma verve et mon éloquence, ne serait-cepas précisément ce qui y fait excès et aussi ce qui y manque en gravité,en proportion, en mesure, en parfaite justesse, et, par conséquent, envéritable autorité ? » Car il y avait en Louis XIV et dans l’air qui