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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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BOSSUET.

genre de saillies et à les réprimer. Louis XIV, lorsquil entendit pourla première fois Bossuet, le goûta beaucoup et eut envers lui un procédécharmant, bien digne dun jeune roi qui a encore sa mère : il fît écrireau père de Bossuet, à Metz, pour le féliciter d'avoir un tel fils. Qui nesent pas cette délicatesse nest- pas fait non plus pour sentir le genredinfluence que put avoir ce jeune prince sur limagination vaste etlesprit si sensé de Bossuet. Louis XIV eut de tout temps la parole laplus juste, de même quil avait, dit-on, la rectitude et la symétrie dansle coup dœil. Il y avait en lui, il y avait autour de lui quelque chosequi avertissait de ne pas excéder, de ne rien forcer. Bossuet, en parlanten sa présence, sentit, pour un certain goût élevé, quil avait en face desoi un régulateur. Je ne veux rien dire que dincontestable : Louis XIVbien jeune a été utile à Bossuet pour lui donner de la proportion ettoute sa justesse. Le grand orateur sacré continua de ne devoir quà lui-même et à lesprit qui le remplissait ses inspirations et son originalité.

Il y a un fait qui se peut vérifier : dans cette suite des Sermons deBossuet qui ont été rangés, non pas dans lordre chronologique il lesa composés, mais selon lordre de lannée chrétienne, en commençantpar la Toussaint et lAvent et en finissant par delà la Pentecôte, voulez-vous à coup sûr mettre la main sur un des plus beaux et des plus irré-prochables, prenez T un quelconque de ceux dont il est dit : Prêchédevant le roi.

Je ne puis mempêcher encore dexprimer une pensée. Oh ! quandil parle si à son aise de Louis XIV, de Louis XIII et de Richelieu,donnant bien haut la supériorité à ce quil préfère et à ce quil croitqui lui ressemble, je métonne que M. Cousin ne se soit jamais posé uneseule fois cette question : « Quaurait gagné, quaurait perdu monpropre talent, ce talent que lon compare tous les jours à celui desécrivains du grand siècle, quaurait-il gagné ou perdu, cet admirabletalent (joublie que cest lui qui parle), si javais eu à écrire ou àdiscourir, ne fût-ce que quelques années, en vue même de Louis XIV,cest-à-dire de ce bon sens royal calme, sobre et auguste? Et ce que jyaurais gagné ou perdu dans ma verve et mon éloquence, ne serait-cepas précisément ce qui y fait excès et aussi ce qui y manque en gravité,en proportion, en mesure, en parfaite justesse, et, par conséquent, envéritable autorité ? » Car il y avait en Louis XIV et dans lair qui