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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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BOSSUET.

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sa bibliothèque, quil avait fort belle, arrivé devant les écrivains ecclé-siastiques du règne de Louis XIV, sécria : « Fleury à côté de Bossuet;et pourtant quelle distance! mais il ny a rien entre-deux. » Jugementparfait et qui caractérise bien Fleury! Ce ne serait pas ici le lieu toute-fois dappliquer à la rigueur le mot de Quintilien, quon nest pasnécessairement le second pour venir le plus proche après quelquun,aliud proximum esse, aliud secundum. Je sais des hommes détude etde lecture approfondie qui placent Fleury très-haut, plus haut quonnest accoutumé à le faire aujourdhui, qui le mettent en tête du secondrang; ils disent « que ce n'est sans cloute quun écrivain estimable etdu second ordre, mais que cest un esprit de première qualité ; que sesMœurs des Israélites et des Chrétiens sont un livre à peu près classique,;que son Traité du ehoix et de la méthode des études, clans un cadreresserré, est plein de vues originales, et très-supérieur en cela à louvrageplus volumineux de Rollin; que son Histoire du droit français, sonTraité du Droit public de France, renferment tout ce quon sait de cer-tain sur les origines féodales, et à peu près tout ce quil y a de vrai clanscertains chapitres des plus célèbres historiens modernes, qui ny ont misen sus que leur système et se sont bien gardés de le citer ; que Fleuryest un des écrivains français qui ont le mieux connu le moyen âge; bienque peut-être, par amour de lantiquité, il lait un peu trop déprécié;que cet ensemble décrits marqués au coin du bon sens et tout estbien distribué, bien présenté, dun style pur et irréprochable, sans unetrace de mauvais goût, sans un seul paradoxe, atteste bien aussi la supé-riorité de celui qui les a conçus. » Pour moi, cest plutôt la preuve dunesprit très-sain. Quoi quil en soit, Fleury paye aujourdhui la peine denavoir pas de relief clans la forme, et de navoir pas mis dans un jourfrappant ses pensées. Bien quil ait vécu à côté de Bossuet, il nen areçu aucun rayon pour lexpression, et sa manière de dire se passe toutedans lombre. Mais cest lui pourtant quon aurait voulu entendre, et liresur lintérieur et la familiarité de Bossuet; cest à lui quil eût été séantplus quà aucun autre den parler. Quel portrait juste, vrai, bien pro-portionné, il en eût tracé! car si son talent nétait en rien de la mêmefamille que celui de Bossuet, son esprit du moins était bien parent dece grand esprit et de ce grand sens, et son cœur lui était tendrementattaché.