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BOSSUET.
Contentons-nous, il le faut bien, du Journal de Le Dieu. Il y a dèsles premières pages un jugement assez curieux de Bossuet sur les débutsde Massillon comme prédicateur; on y lit :
« Le premier dimanche de l’Avent (novembre 1699), M. de Meaux n’entenditpas le sermon du Père Massillon de l’Oratoire, de crainte du froid. La grande répu-tation de ce prédicateur après son premier Carême à Paris lui mérita de passer deplein saut de la chaire des Pères de l’Oratoire de la rue Saint-Honoré à celle duchâteau de Versailles. On ne trouva pas son mérite digne de sa réputation : son pre-mier discours, qui était contre les libertins, et qu’il avait, dit M. de Meaux, assez malamené à l’évangile du jour, parut faible : on loua sa piété et sa modestie, sa voixdouce, son geste réglé, jusqu’à lui accorder, contre l’avis de quelques-uns, la grâcede l’élocution : on trouva de la politesse dans son discours, des termes choisis et dePonction : il fut très-bien écouté, et le roi et la cour en furent édifiés. M. de Meauxdonna la sainte communion à M me de Bourgogne le soir de la Conception, et entenditle nouveau prédicateur la même fête. Il en jugea ce que je viens de dire, et en unmot que cet orateur, bien éloigné du sublime, n’y parviendrait jamais. »
Si nous n’y prenons garde, et sans être Bossuet, nous faisons tousun peu comme Bossuet : nous sommes volontiers négatifs à l’égard deceux qui viennent après nous, nous sommes un peu prompts à déclarerqu’ils n’auront jamais telle ou telle qualité. En un mot, jeunes et enentrant dans la vie, on prend surtout les grands écrivains, orateurs oupoètes régnants, avec enthousiasme, par leurs qualités; vieux, on prendsurtout les survenants ou successeurs par leurs défauts. C’est à quoi l’onest d’abord le plus sensible; leurs défauts nous sautent aux yeux, leursqualités ne viennent qu’après.
Cette espèce de prévention de Bossuet, peu favorable à Massillon.dura encore quelque temps. Ayant entendu le 8 décembre 1700, jour dela Conception, le sermon du père Maure, de l’Oratoire, prêché auxRécollets de Versailles, •« notre prélat en a loué, dit Le Dieu, la puretédu style, la netteté, les tours insinuants et pleins d’esprit; mais il n’y atrouvé ni sublimité ni force; il le tient même au-dessous de son confrèrele Père Massillon. » Mais ce n’est pas un jugement définitif, et l’on voitque, le vendredi à mars 1701, « il entendit à Versailles le sermon dela Samaritaine prêché par le Père Massillon, dont il fut très-content ».
Toutefois, il reste vrai pour nous que Bossuet et Massillon ne sontpas tout à fait de la même école d’éloquence sacrée, Bossuet étant de