REGNARD.
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mollesse et où la verve va plutôt croissant. Le Légataire , représenté enjanvier 1708, eut un succès complet, et si complet même que la critiquesérieuse s’en émut. On imprima clans le Nouveau Mercure de Trévouxune lettre critique développée. On discourut sur cette agréable folie 1 ;il n’y avait pas moyen de ne pas rire de la léthargie du bonhommeGéronte, mais on se rejeta sur les mœurs qu’on trouvait trop peu nobles(je le crois bien), sur les tours pendables de Lisette et de Crispin, sur lataille de M. Clistorel, sur ce que la prétendue nièce du Maine dit quelle aété interloquée. Regnard se défendit en homme qui a pour lui le public,il donna une petite pièce en prose qui a pour titre la Critique du Léga-taire. Un chevalier bel-esprit y fait solennellement appel au bon sensdu siècle à venir et à la postérité ; le comédien répond humblement :v Quelque succès qu’ait notre pièce, nous n’espérons pas, Monsieur,qu’elle passe aux siècles futurs; il nous suffit quelle plaise présente-ment à quantité de gens d’esprit, et que la peine de nos acteurs ne soitpas infructueuse. » Et encore, à toutes les minauderies et aux scrupulesgrimaciers d’une comtesse très-équivoque, M. Bredouille réplique par lagrande raison de tous les poètes heureux : « Pour moi, je n’y entendspas tant de façon : quand une chose me plaît, je ne vais point m’alam-biquer l’esprit pour savoir pourquoi elle me plaît. » Regnard aurait puse dispenser de cette petite pièce; le Légataire se défendait tout seulavec les rires qu’il provoquait. On en disait du mal, et on y courait enfoule. Le poète Palaprat répondait aussi aux censeurs de Regnard parun joli rondelet à la louange de son ami, commençant par ces vers :
Il est aisé de dire avec hauteur,
Fi d’une pièce, en faisant le docteur...
Et le premier mot du rondeau revient heureusement à la chute, en s’ap-pliquant à Regnard :
De notre scène il sait l’art enchanteur,
Il y fait rire, il babine avec grâce,
Il est aisé.
I. Agréable folie , quel mot ai-je dit là en courant? Un de mes amis, M. Rolle, a jugé àpropos de me chapitrer là-dessus en plusieurs colonnes de son feuilleton du Moniteur(12 octobre 1852). Il y a longtemps que La Harpe avait parlé du Légataire comme « d’une