VOLTAIRE.
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points essentiels, à voir en Voltaire ce qu’il convient d’y voir avant toutlorsqu’on le considère en lui-même et dans les conséquences immé-diates qui sont sorties de ses œuvres. Mais ces conséquences (là est lemalheur), elles ne sont pas seulement immédiates et relatives à sontemps, elles ont encore à sortir et à courir pour plusieurs générations,et elles sont loin d’être épuisées. L’homme et l’écrivain chez Voltairesont parfaitement définis et connus, ou du moins peuvent l’être : lecombattant et le chef de parti Voltaire continue toujours. Comme ungénéral mort, mais dont le nom promet des victoires, on l’a attaché surson cheval, et la bataille se rengage autour de lui, comme autour duplus guerroyant. Il est le champion voué à des querelles immortelles.Demandez donc de l’impartialité dans cette mêlée! Pauvre effort d’unepostérité qui fuit continuellement et recule ! On se donne bien du malpour arriver à être juste, à voir juste, et quand on a à peu près atteint lepoint, entrent à l’instant de nouveaux venus qui brouillent tout encore unefois, remettent tout enjeu, et, au nom de leurs passions ou de leurs convic-tions, ne veulent voir qu’un côté, sont excessifs dans l’enthousiasmecomme dans l’invective; et c’estainsique tout est à recommencer toujours.
La publication de ces deux volumes de Lettres inédites va nouspermettre et nous obliger de parcourir une fois de plus et de repasserrapidement en idée toute la vie de Voltaire. Elle ne change rien d’ailleursà ce qu’on connaissait, elle n’y ajoute rien d’imprévu ; avec Voltaire, ilne faut plus s’attendre depuis longtemps à des révélations ; il a tout ditdu premier coup. Mais ces deux volumes contiennent de nouveauxtémoignages de son esprit et de ses grâces, et sont généralement assezpurs de ses excès. On peut en parler sans avoir à toucher nécessaire-ment à rien de ce qui envenime. Les premières lettres en date nous lemontrent dans cette première saillie de jeunesse et de joie, avant sestristes aventures, avant ce voyage d’Angleterre, qui le fit rentrer en lui-même et le mûrit. Il a vingt-quatre ans, il écrit à M ine de Bernières, sagrande amie d’alors; il fait des rêves de retraite délicieuse avec elledans sa maison de La Rivière-Bourdet, et dès ce temps-là il s’occupe desa fortune avec M. de Bernières, qui paraît avoir eu le goût des spécu-lations et des entreprises.
« Pour moi, Madame, qui ne sais point de compagnie plus aimable que la vôtreet qui la préfère môme à celle des Indes, quoique j’y aie une bonne partie de mon bien,