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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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VOLTAIRE ET J.-J. ROUSSEAU.

occupe, s’est attaché à nous montrer, durant une belle nuit d’été, lepremier homme qui s’avisa de philosopher et de réfléchir, et il a prêtéà cette philosophie naissante tout le charme, au contraire, de l’admira-tion et de la foi, toute l’ivresse d’un premier ravissement :

« Ce fut durant une belle nuit d’été que le premier homme qui tenta de philo-sopher, livré à une profonde et délicieuse rêverie et guidé par cet enthousiasmeinvolontaire qui transporte quelquefois l’àme hors de sa demeure et lui fait, pourainsi dire, embrasser tout l’univers, osa élever ses réflexions jusqu’au sanctuaire dela nature et pénétrer, par la pensée, aussi loin qu’il est permis à la sagesse humained’atteindre.

« La chaleur était à peine tombée avec le soleil ; les oiseaux, déjà retirés et nonencore endormis, annonçaient, par un ramage languissant et voluptueux, le plaisirqu’ils goûtaient à respirer un air plus frais; une rosée abondante et salutaire rani-mait déjà la verdure... »

Ici une de ces descriptions naturelles dont il a le premier dans notrelittérature donné le parfait exemple, mais où il a été depuis surpassépar ses grands disciples, par Bernardin de Saint-Pierre, par Chateau-briand, par George Sand, tous bien autrement particuliers, nuancés etneufs, et qui ne se contentent pas de peindre la nature en traits géné-raux devenus trop aisément communs ; — et il continue :

« A ce concours d’objets agréables, le philosophe, touché comme l’est toujoursen pareil cas une âme sensible où règne la tranquille innocence, livre son cœur etses sens à leurs douces impressions : pour les goûter plus à loisir, il se couche surl’herbe, et appuyant sa tête sur sa main, il promène délicieusement ses regards surtout ce qui les flatte. Après quelques instants de contemplation, il tourne par hasardles yeux vers le ciel, et à cet aspect qui lui est si familier et qui pour l’ordinaire lef rappait si peu, il reste saisi d’admiration, il croit voir pour la première fois cettevoûte immense et sa superbe parure... »

Ici toute une description encore : spectacle des deux, le couchantenflammé, la lune qui se lève à l’orient, les astres innombrables quiroulent en silence sur nos têtes, l’étoile polaire qui semble le pivot fixede toute la révolution céleste! D’où vient cet ordre? d’où viennent cesmouvements ? qui donc les a établis? Et sur la terre même, d’où vientla succession, la régularité des saisons; et dans les végétaux, dans lescorps organisés, cet ensemble de lois mystérieuses et manifestes qui y