VOLTAIRE ET J.-J. ROUSSEAU.
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rue Plâtrière, monte au quatrième et frappe. Un vasistas s’ouvre et unefigure désagréable paraît. « M. Rousseau? — 11 n’y est pas. » Et levasistas de se fermer.
11 raconte sa mésaventure. « Mais, lui dit-on, M. Rousseau copie dela musique. » "Vite, il s’empresse de retourner rue Plâtrière, avec de lamusique à copier. Même manège; le guichet s’ouvre, la laide figureparaît. « C’est de la musique à copier. » On la lui prend : « Rien,vous repasserez dans huit jours. »
Ainsi pendant des semaines e*t des mois.
Il s’impatientait fort. Un jour il se présente : ô bonheur! on luidit : « C’est vous; attendez, M. Rousseau a à vous parler. » La portes’ouvre; on l’introduit dans une petite chambre,* il y a deux chaises;Rousseau le fait asseoir : « Monsieur, j’ai voulu vous parier; il est arrivéun accident, je ne puis vous livrer la musique comme je vous l’avaispromis. Voyez ce chat, il a renversé Técritoire sur le cahier copié. —Ah! monsieur, cela n’y fait rien; je prendrai tout de même... —Non, monsieur, je n’ai pas l’habitude de livrer de la musique en cetétat; j’ai voulu vous donner cette explication, car je ne manque jamaisà ma parole. —Mais, monsieur... — Non, monsieur; je vous demandeseulement quelques jours pour refaire la copie. »
Le jeune homme avait peine à sortir : Rousseau lui-même s’oublie;la conversation se renoue et s’engage. « Jeune homme, à quoi vousdestinez-vous? — Aux Eaux et Forêts. — Ah! c’est un bel état, bienintéressant et qui exige bien des connaissances. » Et Rousseau énu-mère avec intérêt tout ce qu’il faut savoir. « Mais, vous devez savoirla botanique? — Certainement. — Eh bien! nous pourrons herbo-riser ensemble. »
Le jeune homme est aux anges ; on prend jour, il herborise avecRousseau, une première, une seconde fois et d’autres fois encore ; ildevient son ami et gagne sa confiance au point que, lorsqu’il fallutquitter la rue Plâtrière pour Ermenonville, c’est lui que le philosophechargea de vendre ses livres. 11 y avait des notes en marge à plusieurs;il hésitait à s’en défaire ; mais la nécessité l’y obligeait. 11 désira qu’onles vendît en masse à un libraire et qu’on lui remît l’argent, la sommenette. M. Desjobert (c’était le nom du jeune homme) parle de cettemasse de livres à un libraire, et, trouvant quelques difficultés, il pense