VI
Aunciv
celle que les papes oui placée sur les autels. La jeune llabutin était petite-tille il unesainte; mais on ne voit pas que cette sainte ait pris aucun souci de l’orpheline. Ma-dame de Sévigné ne tint d’elle qu’une sorte de lralornité héréditaire avec les sœurs deSainte-Marie, qu’on la voit visiter partout où elle s arrête, àParis, à Moulins, à Valence,en Bretagne, en Provence.
L’enfance ainsi que la première jeunesse de madame de Sévigné ne sont point con-nues. Nous savons assez bien quels étaient ses principes sur 1 éducation des jeunes fil les;mais noiis n’avons point de détails sur la sienne. Si on jugeait de la manière dont lesfemmes de son oulrc étaient alors élevées, par l’influence qu’elles prirent sur les allai reset sur la société, il faudrait croire que i ien ne manquait à leur bonne nourriture, pourparler comme on faisait alors. Mademoiselle de llabutin quitta peu ses parents, et ceux-ci étaient des personnes instruites. Elle nous dit qu’elle fut élevée avec son cousin Cou-langes; et ce cousin l’avait été très-bien. Elle dit encore qu’elle avait été élevée à lacour : or cette cour était moins celle de Louis XIII que celle do Richelieu, qui, touttyran qu’il était, avait de l’esprit et aimait à eu trouver chez les femmes. Je ne diraipoint que les connaissances qui brillent dans ses lettres dorment la mesure de son édu-cation; car j’entrevois qu’elle sut la continuer elle-même, comme il arrive aux espritsbien laits. Ségrais nous apprend que madame de la Fayette s’était assez tard avisée d’é-l udier la langue latine : son amie apparemment ne s’y était pas prise plus tôt. Ce qu’elledit de l’italien indique qu’elle l’apprit d’elle-même, aidée par Ménage ou par Chape-lain, tous deux très-assidus chez elle. Sans doute ce fut assez lard qu'elle acquit plu-sieurs sortes d’instructions; car, s’il y eut une époque où l’enthousiasme du savoirs’ôtait emparé des femmes, ce n’était pas le temps de son entrée dans le monde. Quoiqu'il .en soit, son éducation soignée se voit par ses premières lettres; il y règne ungoût de style qu’on n’atteint pas sans beaucoup d’exercice et de culture.
Ou peut se représenter la jeune llabutin comme une femme vraiment jolie, ayant plusde physionomie que de beauté, et des traits plus expressifs qu’imposants, une tailleaisée,une stature plus grande que petite, une riche chevelure Monde, nue santé brillante,une rare fraîcheur, un teint éclatant, des yeux dont la vivacité animait encore son lan-gage et la prestesse de tous ses mouvements; une jolie voix, autant de musique qu’onen savait alors, enfin une danse brillante pour le temps. Voilà l’idée qu’eu donnent ouscs portraits, ou ses amis, ou elle-même. Et sans doute son nez un pou carré, dentellese moque, et ses paupières bigarrées, dont Bussy parle trop, ne pouvaient gâter un telensemble, autant que ses dix-huit ans l'embellissaient, lorsqu'on 1644 elle épousa Henri,marquis de Sévigné, d’une ancienne maison de Bretagne. Avec cet apanage de mérite etd’attraits, elle joignit une îlot de cent mille crus, somme énorme pour le temps. M. deSévigné, qui était riche aussi, tenait de plus à la maison de Retz. L'archevêque et lecoadjuteur de Paris étaient ses proches parents, tandis que sa femme était la nièce dugrand prieur du Temple, le commandeur de llabutin, jouissant de plus de cent millelivres de rente, dont il faisait meilleure part au monde qu’à l’Église. M. de Sévigné ouSévigny (car il paraît qu’alors on prononçait 1 ce nom ainsi) aimait le plaisir et la dé-
1 Ou le trouve écrit ainsi dans les Mémoires de Joly, dans les Amours des Gaules, dans le Mena-