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pense. Il avait sinon le goût et l’esprit qui distinguèrent son fils, du moins toute la'gaieté, la légèreté et l’insouciance qui marquèrent la jeunesse de ce dernier. Bussy n’est,pas seul à le peindre ainsi. Un pamphlet curieux du poète Charleval nous le donne commeun rieur et un homme à quolibets U O 11 voit que la belle héritière bourguignonne n’eutpoint à dissimuler son enjouement devant cet enjoué Breton, et qu’il ne tint qu’à elled’avoir une maison très-agréable. /
On peut croire que les premières années de ce mariage lurent heureuses. Du reste, lesfruits en furent tardifs. Le premier fut un fils, Charles de Sévigné, né en mars 1647.Sa sœur le suivit de près. 11 paraît que madame de Sévigné n’eut point d’autres en-fants et ne connut, pas le chagrin d’une perte qu’elle eût sentie plus vivement que touteautre.
La parenté des Sévigné avec le fameux coadjuteur de Retz les liait à la Fronde. Lemarquis ne paraît pas pourtant y avoir joué un rôle aussi actif que son oncle Renaud,chevalier de Sévigné. Quoique celui-ci soit mort en odeur de sainteté, à Port-Royal, onle voit, en 1649, pendant le siège de Paris, négocier avec la cour au nom du coadju-teur, et, qui plus est, se faire battre à la tête d’un régiment levé aux frais du prélat,sous le nom de régiment de Corinthe, mésaventure qui fui appelée, comme on sait, lapremière aux Corinthiens.
Madame de Sévigné fut elle-même une frondeuse assez zélée, qui s’égayait contre leMazai in d’aussi bon cœur qu’un autre. Je l’infère d’un mot de Bussy, d’autant, moinssuspect qu’il s’adresse à elle-même. L’esprit de parti germe aisément dans uue imagi-nation comme la sienne, et l’espril de famille entraîne volontiers les personnes de sonordre.
Mais elle-même alors ne manquait pas de motifs personnels de mauvaise humeur.C’est vers ce temps qu’après nombre d’infidélités obscures et passagères, M. de Sévignéfinit par la sacrifier avec plus d’éclat à la célèbre Ninon de l’Enclos,
Madame de Sévigné avait alors vingt-quatre ans, car ceci se passa (la date est cer-taine) dans la première moitié de l’année 1650. Quelques mois après, elle fut mise àune épreuve bien plus pénible : elle perdit son mari, et par une mort sanglante : il futlue dans un duel.
Quiconque a lu madame de Sévigné croira sans peine ce qu’on rapporte de sa vio-lente douleur. Mais, comme elle le dit elle-même, en parlant de l’abbé de Coulanges,il ma tirée de U abîme où j’étais à la mort deM. de Sévigné, on comprend qu’il luifallut se priver bientôt du soulagement des larmes pour remplir ses devoirs nouveaux,celui de suivre l’éducation de deux enfants en bas âge, et celui de réparer l’affreuxdélabrement de leur fortune.
Son bon sens, sa droiture naturel le et une fierté bien entendue, lui donnaient le goûtde l’économie; les conseils de son oncle lui en donnèrent l’intelligence. Son esprit,
giarn, le Segramana. C'est ainsi que madame de Xaratenon signait souvent d’Aubigny, au lieu ded’Aubigné,
* Ce pamphlet a pour tilre : Retraite du duc de Longueville. C’est une satire des Frondeurs, oùrègne le meilleur goût, de plaisanterie. On le trouve dans le recueil A.