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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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VIII

.NOTICE

maigri 1 lbalnludc de sacrilier aux Ci Aces, ne répugnait point aux affaires Elle savaitfort bien vendre ou louer des terres, presser des fermiers, diriger des ouvriers, ete.Elle ne laissait pas à sa beauté seule le soin de solliciter ses procès. Ménage racontequun jour, tout en recommandant avec beaucoup daisance une affaire au président deBellièvre, elle saperçut quelle sembarrassait dans les termes : Au moins, monsieur,dit-elle, je sais lien l'air, mais joublie les paroles.

A légard de léducation, non-seulement le mérite de son fils et de sa fille ainsi queleurs vertus donnent la mesure de sa capacité en ce genre, mais il serait facile de tirerde ses lettres une*suite de maximes sur ce sujet.

Je ne vois guère dautres indices de ce quelle devint durant les trois premières an-nées de son veuvage. Mais dans lhiver de 1654 je la retrouve dans la plus brillantesociété de Paris et de la cour, avec tous les succès de lesprit et de la beauté. Je la voisfréquenter assidûment les cercles de madame de Montausier. Depuis son mariage,celle-ci attirait chez elle cette foule dhommes à talents et de connaisseurs, ou aumoins prétendant à ce renom, qui faisait de lhôtel de Rambouillet une maison, àquelques ridicules près, très-agréable, et même très-utile, puisquon fui doit davoirappris aux gens [du monde à estimer les lettres, tandis que les gens de lettres y pui-saient la connaissance du momie, et cette partie du bon goût que la nature et la lecturemême ne donnent pas.

(lest que, parmi ceux qui prétendirent pilaire à celle qui plaisait à tous, on dis-lingue le prince de (lonti, frère du grand Coudé. Il avait dans lesprit les grâces insi-nuantes qui manquaient à son aîné. Il annonça un dessein prémédité dattaquer le cœurde madame de Sévigné; mais il ne réussit pins dans son entreprise, et se maria lhiversuivant.

Dans ce même temps, un semblable essai fut tenté beaucoup plus sérieusement parun personnage qui nétait guère moins redoutable, le célèbre et malheureux Fouquet.Il y avait à peine un an quil était surintendant des finances, et ses galanteries, moinspubliques et moins multipliées quelles ne le furent par la suite, navaient rien encorede trop alarmant pour une femme délicate et jalouse de sa réputation. On sait de plusque lesprit ne lui manquait pas plus que le crédit et la magnificence pour réussir. 11échoua pourtant, non sans regret, ni faute de persévérance; car il lui fallut plus dunan pour perdre lespoir et se résigner à cette innocente amitié qui pouvait seule plaireà la sage veuve. Rarement les refus finissent par avec un homme gâté par toutes lessortes de faveurs. On aimerait à savoir les expédients mis en œuvre par madame deSévigné pour consoler lorgueil quelle avait rebuté. Il semble que son grand art fut sagaieté et sa candeur. Le peu dimportance quelle mettait à ses rigueurs instruisit celuiqui en souffrait à les traiter plus légèrement. Ne paraissant pas voir ses prétentions,elle les lui faisait oublier. Lamour-propre est comme les enfants, qui tombent sanspleurer, pourvu quon ne les regarde pas.

Au nombre de ses adorateurs on remarque encore un homme de lettres, un hommede cour, et un autre homme, qui était lun et lautre.

Labbé Ménage est le premier, (le nétait pas simple galanterie poétique, comme on