Buch 
Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
Entstehung
JPEG-Download
 

sur \i\ h\\ir: sévion fi

ix

pourrait le supposer sur le madrigal italien quil composa pour elle. Ce quil réponditaux reproches quelle lui faisait de ne lui avoir point écrit annonce un penchant sérieux,J'avois fait une lettre, dit-il, mais je lai trouvée trop passionnée pour vous len-voyer. Il alla la voir en Bretagne. 11 raconte lui-mème que, faisant ce voyage avec ma-dame de Lavardiu, il lui disait des douceurs el lui prenait les mains pour les baiser;sur quoi cette dame lui dit : « Je vois bien que vous vous recordez pour madame deSévigné. » Ménage souffrait impatiemment les badinages quelle se permettait sur cellebelle passion. Un jour quil faisait quelques façons pour aller avec elle dans son car-rosse, elle le menaça plaisamment .de le reconduire jusque dans sa clïambre. Il montrabeaucoup dhumeur de se voir traité comme sans conséquence; et, quand Bussy publiacette anecdote, Ménage décocha contre lui une épigramme latine.

Le courtisan auteur qui fut sou rival est moins connu par ses écrits que par sa lon-gue intimité avec madame deMaintenon, dont il avait fait en quelque sorte léduca-tion, et quil voulut épouser à deux époques bien différentes, celle de sa grande misèreet celle de sa grande fortune : celle elle devint veuve dun poëte nécessiteux et para-lytique, et celle un puissant monarque lui offrait sa main. Cet homme était lechevalier dcMéré. Ménage, en lui dédiant son. livre, parle ainsi de leur ancienne con-currence près de madame de Sévigné : « Je souffrais volontiers quelle vous aimât plusque moi, parce que je vous aimois aussi plus que moi-môme. » Mais on sent bien cequil faut rabattre de ce style de dédicace. De plus, le mélange de la galanterie che-valeresque avec le goût du bel esprit avait établi dans la société lusage de certainsamours avoués, dont quelques assiduités et beaucoup décritures faisaient tous les frais :commerce purement spirituel. Il ne finit pas voir autre chose dans la liaison de ma-dame de Sévigné avec le chevalier deMéré. Cétait dailleurs lesprit le plus opposé ausien quelle eût pu rencontrer, même dans la société des Précieuses. Ce Méré a beau-coup écrit sur léloquence ; on lui attribue linvention du mot de bonne compagnie,dans le sens abusif quon lui donne si souvent. Mais sa prétention aux tournures et auxphrases du bel air ne lui inspire guère quun langage guindé et des affectations du plusmauvais goût. Madame de Sévigné ne le rappelle dans ses lettres quavec une sorte derancune contre son chien de stvle.

Enfin, le comte de Lude passa aussi pour lui avoir parlé damour. Mais sur cetteliaison, non plus que sur les autres, on ne trouva rien à dire, et il est constant que lamédisance même na pu prêter la moindre faiblesse à madame de Sévigné.

De même quil soffrit des amants, des maris se proposèrent aussi, et ce fut en vain.Elle navait pas été une épouse heureuse; elle était veuve, riche, et do plus mère pas-sionnée. Entourée de lestime publique, cultivant avec succès son esprit, ses amis elses enfants, elle ne voulut point dautre bonheur. Le sien pourtant 11e fut pas sansmélange.

La prison, le bannissement et généralement les disgrâces, bien méritées, du cardinalde Retz furent son premier chagrin. Elle 11e vit jamais en lui que son génie, un hommetrès-aimable, qui lappréciait mieux que tout autre, et sur lélévation duquel elle avaitfondé le sort dune partie de sa famille et les espérances de lautre. Les Mémoires du