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NOTICE
cardinal nous apprennent qui: son évasion du châlcau de Nantes liif. favorisée prin-cipalement par le chevalier de Sévigné. Elle rappelle dans une de ses lettres la situa-tion pénible où la mirent ces événements dans le cours de l’année 1655 et des sui-vantes.
Cependant un autre ami lui causa des peines plus sensibles. Les hommes les plusvains sont aussi les plus exigeants. Le relus de je ne sais quel service, qui sans doutene dépendait point d’elle, la brouilla tout à coup avec son cousin Bussy. Souvent il luiavait reproché dose trop amuser après la vertu. Pourquoi, disait-il, vous donner tantde peine pour me réputation qu’un médisant peut vous enlever? Il fut lui-mêmece dangereux médisant. Dans son ressentiment, il composa contre elle un article desAmours des Gaules, où il ne 1 respecte la vraisemblance que pour mieux nuire, où, àdéfaut de vices, il lui suppose des ridicules, où il fait de son caractère une sorte deparadoxe moral. Quoique le faux de ce portrait perce dans ses contradictions, nul doutequ’il n’ait cruellement blessé un cœur né pour aimer tout de la vertu, même la gloirequi la suit. La plaie saigna longtemps; les cœurs sensibles gardent l’impression du malcomme celle du bien; c’est le sens de ce mot ingénieux : la vengeance est la recon-naissance des injures. Madame de Sévigné ne se vengea point; elle pardonna mêmeà Bussy; mais avec, peine, et non peut-être sans restriction. De fréquentes réminis-cences de l’injure s’échappent dans ce qu’elle lui. écrit. Il y manque au moins cellefleur de confiance qu’on respire en quelque sorte dans tout ce qu’elle dit à ses autresamis.
A cel te affliction succéda le revers qui précipita l’infortuné Fouquet du faîte de lapuissance dans une prison perpétuelle. Ici elle dépeint elle-même ses anxiétés dans seslettres, où elle se place à côté de la Fontaine par son cœur comme par son style. Quepourrait-on y ajouter ? Cependant scs lettres ne parlent que du procès, et le procès necommença que trois ans après que Fouquet eût été arrêté. La foudre qui le frappa avaitsurpris ses amis, comme lui-même, dans toutes les illusions de sa fortune. Madame deSévigné en fut presque atteinte, et elle eut sujet de craindre pour elle-même. L’aimableveuve s’était engagée dans une correspondance d’esprit et de badinage amical; confianceinnocente et bien naturelle envers celui qui lui avait donné la meilleure preuve d’unesorte d’estime que d’ordinaire l’homme puissant et libéral ne garde pas plus pour unsexe que pour l’autre. On sut bientôt que dans les papiers de Fouquet se trouvaient deslettres qui compromettaient beaucoup de femmes connues à la cour; celles de madamede Sévigné ne pouvaient lui faire tort. Le secrétaire d’Élat le Tellierles avait, dans cemême temps, déclarées les plus honnêtes du monde; mais il se pouvait que sa franchegaieté eût traité selon leur mérite certaines choses et certaines personnes; et il y a destemps où des railleries passent pour des complots. Une lettre de Bussy fait voir que sesappréhensions furent assez fortes pour qu’elle crût devoir quelque temps se retirer dansune campagne éloignée 1 . La cabale qui avait renversé Fouquet voulait qu’on le crûtsoutenu par un parti puissant. Dans ces cas-là on fait porter les premiers coups sur loul
1 Mémoires de Bussy, in-4®. tome TF. pnprf* 207