SUR MADAME DE SÉVIR .NÉ
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ce qui se présente : c’esl la marche ordinaire dans les révolutions îles cours comme dansles autres; on y connaît également l’usage des vengeances particulières ; deux réflexionsqu’il faut mettre à côté des alarmes et des précautions de madame de Sévigné, pourexpliquer ce qu’elles semblaient avoir d'excessif.
11 faut bien en effet qu’elle n’ait point été réellement compromise, puisque bientôtnous la voyons paraître avec éclat au milieu de cette cour que Louis XIV commençait àrendre si brillante. Les fêtes de Versailles, des années 1664 et 1665, ne périront pointdans la mémoire des hommes, leur composition ingénieuse et leur élégante maguifi-> ceneeles ayant rendues dignes de ce pinceau historique dont Voltaire immortalise toutce qu'il touche 1 . Madame de Sévigné, quoique faite pour orner ce grand théâtre de sespropres charmes, ne s’y produisait plus que pour jouir des succès de sa fille, qui, dansla première fleur de sa beauté, pleine d’esprit et de talents, lut présentée en 1665.Mademoiselle de Sévigné eut un rôle dans ces ballets où le roi lui-même dansait devantune cour nombreuse. Elle y représentait une bergère. Voici les vers que fit pour elleBenserade, « qui avait (dit Voltaire) un talent singulier pour ces pièces galantes, danslesquelles il faisait toujours des allusions délicates et piquantes aux caractères despersonnes, aux personnages de l’antiquité ou de la fable qu’on représentait, ou auxpassions qui animaient la cour : »
Déjà celte beauté fait craindre sa puissance,
Et, pour nous mettre eu butte à d’extrêmes dangers,
Elle entre justement dans l uge où l’on commenceÀ distinguer les loups d’avecque les bergers.
Dans le ballet de 1664, mademoiselle de Sévigné figurait un Amour déguisé eunymphe maritime, et le poète lui disait :
Vous travestir ainsi, c’est bien être ingénu,
Amour; c’est comme si. pour n’être pas connu,
Avec une innocence extrêmeVous vous déguisiez en vous-même.
Elle a vos traits, vos yeux et votre air engageant.
Et, de même que vous, sourit en égorgeant;
Enlin, qui lit l’un a fait l'autre,
Et jusques à sa mère elle est comme la vôtre.
Enfin, sous le personnage d’Omphaie, elle inspira ce madrigal, où sa mère est en-core célébrée avec elle :
Blondins accoutumés à faire des conquêtes,Devant ce jeune objet si charmant et si doux.
Tout grands héros que vous êtes,
Il ne faut pas laisser pourtant de filer doux.I/ingrate foule aux pieds Hercule et sa massue;Quelle que soit l’offrande, elle n’est point reçue :Elle verrait mourir le plus fidèle amant,
Faute de l'assister d'un regard seulement;
Siècle de Louis XIV. cinq», xxv.