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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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SUR MADAME DE SÉYHi.

Mil

qui en étoit gouverneur 1 . » Alors commença pour madame de Sévigné un second veu-vage, plus pénible peut-être que le premier : je parle des absences de sa fille, auxquellesnous devons les lettres de la mère. Ces intervalles, quelle regardait comme son mau-vais temps, sont devenus les bons moments de la postérité : nous jouissons de scs priva-tions, et, dès quelle rentre en jouissance, nous sommes privés à notre tour : tellementquon se surprend à regretter que, pour nos plaisirs, elle nait pas été plus souvent etplus longtemps affligée par cette séparation.

Quoi quil en soit, depuis cette époque la vie de madame de Sévigné est dans leslettres quon va lire. Quelques voyages, la perte de plusieurs amis, les campagnes, lesdangers, les espérances, les légers écarts et le mariage de son fds, surtout les diversesfortunes de sa fdle, enfin quelques accidents de sa propre santé, loi ment les seuls évé-nements de cette vie. Aussi pauvre de faits que riche de sentiments, elle ne fourniraitquun récit aride, au lieu'que sa plume sait en vivifier les plus petits détails. Il mesuffit davoir éclairé lavant-scène, jusquici inconnue, de ce drame intéressant; quelhéroïne parle désormais elle-même.

Il reste pourtant quelques particularités que ses lettres seules ne fournissent pas, ouqui ne sy laissent quà peine deviner par des rapprochements minutieux.

Le mariage de M. de Sévigné, en 1684, par les sacrifices que fit cette généreusemère, la mit dans une sorte de gêne et de malaise. On entrevoit qualors, soit pour amé-liorer sa fortune, soit pour dautres motifs, ses amis et sa fille même formèrent sur elledivers projets; quil fut question de lui procurer une place à la cour, et même quonlui parla de se remarier, ce quelle repoussa comme une folie peu attrayante.

Quand la mort lenleva, à lâge de soixante-neuf ans, sa maladie, fruit des inquié-tudes et des fatigues que lui causait depuis six mois celle de sa fille, la surprit, nesétant annoncée par aucun symptôme. Elle lut courte. Madame de Sévigné, dans sesderniers moments, montra une tète aussi forte que son cœur était irréprochable. Plu-sieurs lettres nous représentent la douleur de ses amis. On ne voit point sans être émuquelles furent lamertume de leurs plaintes et la durée de leurs regrets. Madame deSévigné eut sa sépulture dans léglise collégiale de Grignan.

On a dit que dans le temps de la Révolution sa tombe avait été violée; cest uneerreur. On voit encore aujourdhui à lentrée du chœur de léglise collégiale, à gauche,une tombe de marbre blanc sur laquelle est gravée lépitaphe suivante :

CI-GÎT

MARIE DE RABOTIN-CHAKTAL,

MARQUISE DE SÉVIGKÉ,

DÉCÉDÉE LE 18 AVRIL 1696.

Sans prétendre empiéter sur le droit des panégyristes, toute observation capable de(aire sentir ce quavait de plus rare le mérite de madame de Sévigné semble appartenirà cette Notice. Jinsisterai dabord sur cette remarque, quelle navait reçu aucune

1 Tiré de l'ancienne préface de Perrin.

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