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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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XIV

.NOTICE SUR MADAME DE SÉVI G

teinte des travers de son temps ni de sa société, à quoi se reconnaissent surtout nn es-prit juste et une âme ferme et délicate.

Pendant la minorité de Louis XIV, jetée au milieu des intrigues politiques de tantclliommes et de femmes illustres, vous ne lui voyez pas une lueur de coquetterie, pasune velléité dambition.

Quimporte quon linscrive au nombre des dames précieuses, que sa ruelle ait étélune des vantées, quelle ait vécu parmi les beaux esprits de lhôtel de Rambouillet,quelle les ait admirés peut-être; elle neut garde de les imiter. Les romans des laCalprenède et des Seudéri lavaient charmée, mais son style ne se ressent point de cegoût étrange. A tout âge elle écrivit avec le même naturel. Plus instruite que la plu-part des femmes de sou cercle, aucune ne fut moins pédante; et, chose remarquable,quoique alors toute femme desprit ne manquât pas de sessayer dans quelques com-positions littéraires, madame de Sévigné na pas laissé une page quelle eût écrite àdessein, écrite pour le public, écrite par lenvie de bien écrire. Si elle parle des livresquelle veut faire sur l 'ingratitude ou sur Y amitié, ce sont de purs badinages. Ellenaffecta rien, elle naima rien par imitation.

Telle était la personne à qui nous devons ce livre, qui sest fait sans quon y pensai,ni elle ni dautres, et qui nest devenu un livre que par une sorte de bonne fortune dela langue et de la nation françaises.

11 est bon de remarquer, du reste, à lhonneur de ses contemporains, quencorequils fussent loin de penser quelle dût devenir un auteur, ils ont pourtant appréciéson talent.

On lisait scs lettres au milieu des cercles les plus renommés pour le bon goût. Ma-dame de Coulanges les prêtait à ces trois sœurs qui ont rendu célèbre lesprit des Mor-temart. Bussy-Rabutin en cnricliissait les Mémoires quil faisait lire au roi pour re-gagner ses bonnes grâces, et la modestie de madame de Sévigné en était tout alarmée.Madame de Maison, distinguée alors par son esprit, et à qui, vers lannée 1690, Russeavait communiqué les lettres de sa cousine, veut absolument les copier.

Plus tard, dès quon eut imprimé quelques-unes de ces lettres, auteurs et gens dumonde, tous furent daccord à les regarder comme des modèles inimitables.