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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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Le <omle la Rivière, parenl. de madame de Sévigné, et de qui ou a un recueil deLettres en deux volumes, dit quelque part : Quand on a lu une lettre de madame deSévigné, on sent quelque peine, parce qu'on en a une de moins à lire. Ce mol seulvaut mieux que le. reste du recueil.

Ce qui ajoute uu grand prix aux Lettres de madame, de Sévigné, cest une foule detraits qui nous peignent cette cour brillante de Lotus XIV. Ou aime à se trouver, pourainsi dire, en société avec les plus grands personnages de ce beau règne, qui, malgré lescensures dune philosophie sèche et sévère, a toujours un éclat et un air de grandeurqui attache et qui impose...

Il me semble que ceux môme qui aiment le plus cette temme extraordinaire ne sen-tent pas encore assez la supériorité de son esprit. Je lui trouve tous les genres desprit :raisonneuse ou frivole, plaisante ou sublime, elle prend tous les tons avec, une facilitéinconcevable. Je ne puis pas me refuser au désir de justifier mou admiration par la cita-tion des traits les plus piquants qui se présenteront à ma mémoire ou à mes yeux, enparcourant scs Lettres au hasard.

Cest surtout dans lesréeils et les tableaux que la grâce,la souplesse et la vivacité deson esprit brillent avec le plus déclat. Il ny a rien peut-être à comparer à ce conte delarchevêque de Reims, le Tellicr : « Larchevêque de Reims revenoit fort vite de Saint-Germain, céloit comme un tourbillon; sil sc croit grand seigneur, ses gens le croientencore plus que lui. 11 passoit au travers de Nanterre, tra, tra, tra : il rencontre unhomme à cheval : Gare ! gare ! Ce pauvre jeune homme veut se ranger, son cheval nele veut pas, et enfin le carrosse et les six chevaux renversent cul par-dessus tête lepauvre homme et le cheval, et passent par-dessus, et si par-dessus, que le carrosse futversé et renversé; en même temps lhomme et le cheval, au lieu de samuser à êtreroués, se relèvent miraculeusement, remontent lun sur lautre, et senfuient, et cou-rent encore, pendant que les laquais et le cocher de larchevêque même se mettent àmer; Arrête, arrêté ce coquin! quon lui donne cent coups!

« Larchevêque, en racontant ceci, disoit : Si javois tenu ce marmul-, je lui an-rois rompu les bras et coupé les oreilles. »

Voici un tableau dun autre genre: « Madame de Brissac avoit aujourdhui la coli-que; elle étoit au lit, belle et coiffée à coiffer tout le monde : je voudrais que vouseussiez vu ce quelle fai soit de ses douleurs, et lusage quelle faisoit de ses veux, etdes cris, et des bras, et des mains qui traînoient sur sa couverture, et la compassionquelle vouloil quon eût. Chamarrée de tendresse et dadmiration, jadmirois cettepièce et la trouvois si belle, que mon attention a paraître un saisissement, dont jecrois quon me saura fort bon gré; et songez que eétoit pour labbé Bayard, Sainl-llérem, Montjeu et Planci, que la scène étoit ouverte. «

Éeoutez-la à présent annoncer la mort subite de. M. de Louvois; voyez comme son tousélève sans se guinder : « Il nest donc plus, ce ministre puissant et superbe, dont lemoi occnpoit tant despace, éloil le centre de tant de choses ! Que dintérêts à démêler,dintrigues à suivre, de négociai ions à terminer!... 0 mon Dieu ! encore quelque temps :je voudrais humilier le duc de Savoie, écraser le prince dOrange encore un moment!.,.