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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVÏGMÉ

AIJ MÊME

Le jeudi 20 novembre 160î.

M. Fouquet a été interroge ce matin sur le marc dor; il a très-bien ré-pondu. Plusieurs juges lont salué; M. le chancelier en a l'ait reproche, et adit que ce nétoit point la coutume, étant conseiller breton. « Cest à causeque vous êtes de Bretagne que vous saluez si bas M. Fouquet. » En repassantpar lArsenal, à pied, pour se promener, M. Fouquet a demandé quels ou-vriers il voyoit; on lui a dit que cétoient des gens qui travailloient à unbassin de fontaine; il y est allé, et a dit son avis, et puis sest retourné enriant vers Artagnan, et lui a dit : « Nadmirez-vous point de quoi je memêle ? Mais cest que jai été autrefois assez habile sur ces sortes de choses-. » Ceux qui aiment M. Fouquet trouvent cette tranquillité admirable : jesuis de ce nombre ; les autres disent que cest une affectation ; voilà lemonde. Madame Fouquet, sa mère, a donné un emplâtre à la reine, qui laguérie de ses convulsions, qui étoient, à proprement parler, des vapeurs.

La plupart, suivant leurs désirs, se vont imaginant que la reine prendracette occasion pour demander au roi la grâce de ce pauvre prisonnier ; mais,pour moi, qui entends un peu parler des tendresses de ce pays-, je nencrois rien du tout. Ce qui est admirable, cest le bruit que tout le monde faitde cet emplâtre, disant que cest une sainte que madame Fouquet, et quellepeut faire des miracles.

Aujourdhui, on a interrogé M. Fouquet sur les cires et sucres ; il sestimpatienté sur certaines objections quon lui faisoit, et qui lui ont paru ri-dicules. Il la un peu trop témoigné, et a répondu avec un air et une hau-teur qui ont déplu. Il se corrigera, car cette manière nest pas bonne ; mais,* en vérité, la patience échappe; il me semble que je ferois tout comme lui.

Jai été à Sainte-Marie, jai vu madame votre tante, qui ma paru abîméeen Dieu ; elle étoit à la messe comme en extase. Mademoiselle votre sœur maparu jolie : de beaux yeux, une mine spirituelle ; la pauvre enfant sest éva-nouie ce matin : elle est très-incommodée ; sa tante a toujours pour elle lamême douceur. M. de Paris (M. de Péréfixe) lui a donné une certaine ma-nière de contre-lettre qui lui a gagné le cœur ; cest cela qui la obligée designer ce diantre de Formulaire 1 : je ne leur ai parlé ni à lune ni à lautre ;

11 sagit de la condamnation des cinq propositions de Jansénius, pour laquelle le clergé de