Buch 
Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
Entstehung
JPEG-Download
 

14

LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNE

Vendredi S déteindre.

Un a parlé ce matin des requêtes qui sont de peu dimportance, sinonautant que les gens de bien y voudront avoir égard en jugement. Voilà quiest donc fait ; cest à M. dOrmesson à parler ; il doit récapituler toute laffaire :cela durera encore toute la semaine prochaine, cest-à-dire quentre ci et cenest pas vivre que la vie que nous passerons. Pour moi, je ne suis pas recon-naissable, et je ne crois pas que je puisse aller jusque-. M. dOrmesson mapriée de ne plus le voir que laffaire ne soit jugée ; il est dans le conclave,et ne veut plus avoir de commerce avec le monde. Il affecte une grande ré-serve ; il ne parle point, mais il écoute ; etjai eu le plaisir, en lui disant adieu,de lui dire tout ce que je pense. Je vous manderai tout ce que japprendrai, etDieu veuille que ma dernière nouvelle soit bonne ! Je le désire. Je vousassure que nous sommes tous à plaindre, jentends vous et moi, et ceuxqui en font leur affaire comme nous. Adieu, mon cher monsieur, je suis sitriste et si accablée ce soir, que je nen puis plus.

Ali MÊME

Mardi 9 décembre 1664.

Je vous assure que ces jours sont bien longs à passer, et que lincertitudeest une épouvantable chose : cest un mal que toute la famille du pauvreprisonnier ne commît point. Je les ai vus, je les ai admirés. 11 semble quilsnaient jamais su ni lu ce qui est arrivé dans les temps passés ; ce qui métonneencore plus, cest que Sapho (mademoiselle de Scudéri ) est tout de même, elledont lesprit et la pénétration nont point de bornes. Ouand je médite-dessus, je me flatte, et je suis persuadée, ou du moins je me veux persuaderquelles en savent plus que moi. Dun autre côté, quand je raisonne avec dau-tres gens moins prévenus, et dont le sens est admirable, je trouve nos mesuressi justes, que ce sera un vrai miracle si la chose ne va pas comme nous lasouhaitons. On ne perd souvent que dune voix, et cette voix fait tout. Je mesouviens de ces récusations, dont ces pauvres femmes pensoientêtre assurées :il est vrai que nous les perdîmes de cinq à dix-sept ; depuis cela, leur assu-rance ma donné de la défiance. Cependant, au fond de mon cœur, jai unpetit brin despérance. Je ne sais d il vient, ni il va, et même il nestpas assez grand pour faire que je puisse dormir en repos. Je causois hier de