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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES Dli MADARE DE SÉV1C.AK

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toute cette affaire avec madame du Plessis ; je ne puis voir que les gens avecqui jen puis parler, et qui sont dans les mêmes sentiments que moi. Elleespère, comme je fais, sans en savoir la raison. Mais pourquoi espérez-vous?Parce que jespère : voilà nos réponses ; ne sont-elles pas bien raisonnables? Jelui disois avec la plus grande vérité du monde que si nous avions un arrêt telque nous le souhaitons, lecondde de ma joie étoitde penser que je vous en-verrois un homme à cheval, à toute hride, qui vous apprendroit cette agréablenouvelle, et que le plaisir dimaginer celui que je vous ferois rendroit lemien entièrement complet. Elle comprit cela comme moi ; et notre imagina-tion nous donna dans cette pensée plus dun quart dheure de campos. Cepen-dant je veux rajuster la dernière journée de linterrogatoire sur le crime dEtat.Je vous Pavois mandée comme on me lavoit dite, mais la même personne senest mieux souvenue, et me la redite à moi. Tout le monde en a été instruitpar plusieurs juges. Après que M. Fouqueteut dit que les seuls effets que lonpouvoit tirer du projet, cétoit de lui avoir donné la confusion de lentendre,M. le chancelier lui dit : « Vous ne pouvez pas dire que ce ne soit un crimedÉtat. » Il répondit : « Je confesse, monsieur, que cest une folie et une extra-vagance, mais non pas un crime dÉtat. Je supplie ces messieurs, dit-il ense tournant vers les juges, de trouver bon que jexplique ce que cest quuncrime dÉtat : ce nest pas quils ne soient plus habiles que nous, mais jai euplus de loisir queux pour lexaminer. Un crime dÉtat, cest quand on est dansune charge principale, quon a le secret du prince, et que tout dun coup onse met du côté de ses ennemis ; quon engage toute sa famille dans les mêmesintérêts ; quon fait ouvrir les portes des villes dont on est gouverneur à larméedes ennemis, et quon les ferme à son véritable maître ; quon porte dans leparti tous les secrets de lÉtat : voilà, messieurs, ce qui sappelle un crimedÉtat. » M. le chancelier ne savoit se mettre, et tous les juges avoient.fort envie de rire. Voilà au vrai, comme la chose se passa. Vous mavouerezquil nv a rien de plus spirituel, de plus délicat, et même plus plaisant.

Toute la France a su et admiré cette réponse. Ensuite il se défendit endétail, et a dit ce que je vous ai mandé. Jaurois eu sur le cœur que vousneussiez point su cet endroit ; notre cher ami y auroit beaucoup perdu. Cematin, M. dOrmesson a commencé à récapituler toute laffaire ; il a fort bienparlé et fort nettement. Il dira jeudi son avis. Son camarade parlera deuxjours ; on prend quelques jours encore pour les autres opinions. Il y a desjuges qui prétendent bien sétendre ; de sorte que nous avons encore bienà languir jusquà la semaine qui vient. En vérité, ce nest pas vivre quedêtre en létat nous sommes.