10
LETTRES 1)K MADAME I)E SÉVIR NÉ
Mercredi 10 décembre.
M. d’Ormcsson a continué la récapitulation du procès; il a fait des mer-veilles, c’est-à-dire, il a parlé avec une netteté, une intelligence et une ca-pacité extraordinaires. Pussort l’a interrompu cinq ou six fois, sans autredessein que de l’empêcher de si bien dire ; il lui a dit sur un endroit quiparoissoit fort pour M. Fouquet : « Monsieur, nous parlerons après vous,nous parlerons après vous. »
AU MKMK
Jeudi 11 décembre 1664.
M. d’Ormcsson a continué encore : quand il est venu sur un certain articledu marc d’or, Pussort a dit : « Voilà qui est contre l’accusé. —Il est vrai, a ditM. d’Ormesson, mais il n’y a pas de preuves. — Quoi ! a dit Pussort, on n’a pasfait interroger ces deux officiers-là ?—Non, a dit M. d’Ormesson.—Ah ! cela nese peut pas ! a répondu Pussort .—Je n’en ai rien trouvé dans le procès, » a ditM. d’Ormesson. Là-dessus Pussort a dit avec emportement : « Ali ! monsieur,vous deviez le dire plus tôt ; voilà une lourde faute. » M. d’Ormesson n’a rienrépondu ; mais, si Pussort lui eût dit encore un mot, il lui eût répondu : « Mon-sieur, je suis juge, et non pas dénonciateur. Ne vous souvient-il plus de ce queje vous contai une fois à Fresne? » Voilà ce que c’est : M. d’Ormesson n’adécouvert cela que lorsqu’il n’y a point eu de remède. M. le chancelier a in-terrompu plusieurs fois encore M. d’Ormesson ; il lui a dit qu’il ne falloit. pointparler du projet, et c’est par malice : car plusieurs jugeront que c’est un grandcrime, et le chancelier voudrait bien que M. d’Ormesson n’en fit point voir lespreuves, qui sont ridicules, afin de ne pas affoiblir l’idée qu’on a voulu donner.
MaisM. d’Ormesson en parlera, puisque c’est un des articles qui composentle procès. Il achèvera demain. Sainte-Hélène parlera samedi. Lundi, les deuxrapporteurs diront leur avis, et mardi ils s’assembleront tous dès le matin, et nese sépareront point qu’après avoir donné un arrêt. Je suis transie quand je penseà ce jour-là. Cependant la famille a de grandes espérances. Foucault 1 va solli-citer partout, et fait voir un écrit du roi où on lui fait dire qu’il trouverait fortmauvais qu’il y eût des juges qui appuyassent leur avis sur la soustract ion despapiers ; que c’est lui qui les a fait prendre ; qu’il n’v en a aucun qui serve à la
* Ce Foucault était le greffier de la chambre de l’Arsenal; il lut à M. Fouquet son arrêt.