LETTRES DE MADAME DE SÉVI UNE
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défense de l’accusé ; que ce sont des papiers qui touchent son état, et qu’il ledéclare, afin qu’on ne pense pas juger là-dessus. Que dites-vous de tout cebeau procédé? N’êtes-vous point désespéré qu’on fasse la chose de cette façonà un prince qui aimeroit la justice et la vérité, s’il les connoissoit? Il disoitl’autre jour, à son lever, queFouquetétoitun homme dangereux ; voilà ce qu’oului met dans la tête. Enfin, nos ennemis ne gardent plus aucune mesure : ilsvont à présent à bride abattue ; les menaces, les promesses, tout est en usage ;si nous avons Lieu pour nous, nous serons les plus forts ; vous aurez peut-êtreencore une de mes lettres, et, si nous avons de bonnes nouvelles, je vous lesmanderai par un homme exprès à toute bride. Je ne saurais dire ce que je ferai,si cela n’est pas ; je ne comprends pas moi-même ce que je deviendrai. Millecompliments à notre solitaire et à votre chère moitié. Faites bien prier Dieu.
Samedi 15 décembre.
On a voulu, après avoir bien changé et rechangé, que M. d’Ormesson dit sonavis aujourd’hui, afin que le dimanche passât par-dessus, et que Sainte-Hélène,recommençant lundi sur nouveaux frais, fît plus d’impression. M. d’Ormessona donc opiné au bannissement perpétuel et à la confiscation de ses biens au roi.M d’Ormesson a couronné par là sa réputation. L’avis est un peu sévère ; maisprions Dieu qu’il soit suivi. Il est toujours beau d’aller à l’assaut le premier.
AU MÊME
Mercredi 17 décembre 1064.
Vous languissez, mon pauvre monsieur, mais nous languissons bien aussi.J’ai été fâchée de vous avoir mandé que l’on aurait mardi un arrêt; car, n’avantpoint eu de mes nouvelles, vous avez cru que tout étoit perdu; cependantnous avons encore toutes nos espérances. Je vous mandai samedi commeM. d’Ormesson avoit rapporté l’affaire et opiné; mais je ne vous parlai pointassez de l’estime extraordinaire qu’il s’est acquise par cette action. J’ai ouïdire à des gens du métier que c’est un chef-d’œuvre que ce qu’il a fait,pour s’être expliqué si nettement, et avoir appuyé son avis sur des. raisonssi solides et si fortes; il y mêla de l’éloquence, et même de l’agrément.Enfin, jamais homme de sa profession n’a eu une plus belle occasion deparoitre, et ne s’en est mieux servi. S’il avoit voulu ouvrir la porte aux