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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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louanges, sa maison naîtrait pas désempli ; mais il a voulu être modeste, etsest caché avec soin. Son camarade très-indigne, Sainte-Hélène, parla lundiet mardi : il reprit laffaire pauvrement et misérablement, lisant ce quildisoit, et sans rien augmenter, ni donner un autre tour à laffaire : il opina,sans sappuyer sur rien, que M. Fouquet auroit la tête tranchée, à cause ducrime dEtat. Et, pour attirer plus de monde à lui, et faire un trait de Normand,il dit quil falloit croire que le roi donneroit grâce et pardonneroit ; que cétoillui seul qui le pourrait faire. Ce fut hier quil fit cette belle action, dont tout lemonde fut touché, autant quon avoit été aise de lavis de M. dOnnesson.

Ce matin, Pussort a parlé quatre heures, mais avec tant de véhémence,tant de chaleur, tant demportement-, tant de rage, que plusieurs juges enfurent scandalisés, et on croit que cette, furie peut faire, plus de bien (pie demal à notre pauvre ami. 11 a redoublé de force sur la fin de son avis, et a dit,sur ce crime dÉtat, quun certain Espagnol nous devoit faire bien de lahonte, qui avoit eu tant dhorreur dun rebelle, quil avoit brûlé sa maison,parce que Charles de Bourbon 1 y avoit passé: quà plus forte raison nousdevions avoir en abomination le crime de M. Fouquet ; que pour.le punir ilnv avoit que la corde et les gibets: mais quà cause des charges quil avoitpossédées, et quil avoit plusieurs parents considérables, il se rclâchoit àprendre lavis de M. de Sainte-Hélène.

Que dites-vous de cette modération? Cest à cause quil est oncle deM. Colbert et quil a été récusé, quil a voulu en user si honnêtement. Pourmoi, je saute aux nues quand je pense à cette infamie. Je ne sais si on jugerademain, ou si lon traînera laffaire toute la semaine. Nous avons encore degrandes salves à essuyer ; mais peut-être que quelquun reprendra lavis dece pauvre M. dOrmesson, qui jusquici a été si mal suivi. Mais écoutez, jevous prie, trois ou quatre petites choses qui sont très-véritables, et qui sontassez extraordinaires. Premièrement, il y a une comète qui paraît depuisquatre jours : au commencement, elle na été annoncée que par des femmes,on sen est moqué, mais à présent tout le monde la vue. M. dArtagnanveilla la nuit passée, et la vit fort à son aise. M. deNeuré, grand astrologue,dit quelle est dune grandeur considérable. Jai vu M. Dufoin, qui la vueavec trois ou quatre savants. Moi, qui vous parle, je fais veiller cette nuitpour la voir aussi : elle paraît sur les trois heures; je vous en avertis, vouspouvez en avoir le plaisir ou le déplaisir.

Berrier est devenu fou, mais au pied de la lettre ; cest-à-dire quaprès avoir

1 Ko connétable de Bourbon, qui, sous François P r , alla mourir sous les murs de Rome, euservant Kharles-Qiiint contre la Fronce.