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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGXÉ

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l'ait valoir son bien lui-même, je ne men acquitte pas trop mal, et je ne le croispas si pénible que je me létois figuré ; je pense que le profit en ôte les épines.

Pour la guerre vous me souhaitez, je ne suis pas de même sentiment quei vous. Je vous rends pourtant mille grâces, ma chère cousine, de la part que vous

prenez à ma méchante fortune; mais je vous en veux consoler, en vous disantles raisons que jai davoir-dessus lesprit en repos. Il faut donc que voussachiez que lorsque je fus arrêtéjétois tellement fatigué des injustices quonme faisoit depuis huit ou dix ans, que jétois à tous moments sur le point de medéfaire de ma charge ; la seule raison qui men empêchoit étoit la crainte desreproches quon mauroit pu faire de mêtre dégradé moi-même. Mais, lorsquejeus ordre de me démettre', jen fus ravi, croyant quon ne sen pourrait pasprendre à moi, et quon nen pourroit accuser que la fortune. Si dun étatagréable jétois passé tout dun coup à un état malheureux, je sentirais tout ceque vous sentez ; mais on ma fait avaler, huit ans durant, tant de couleuvres,dont je ne me vantois pas, que je regardois la fin de ces misères, de quelquefaçon quelle pût arriver, comme je regardois avant cela dêtre maréchal deFrance ; de sorte que jentends parler aujourdhui du voyage de Flandre avecla même tranquillité dont jentendois ces jours passés parler des revues de laplaine dOuilles. Ce nest pas que je naie écrit au roi ; maisjai donné cela àM. de Nouilles, qui my avoit engagé, comme vous verrez par la copie de sa lettreque je vous envoie, et non pas à lenvie que jai eue de refaire un métier jaireçu tant de dégoûts. Je vous envoie aussi la copie de ma lettre au roi. Si lonme donnoit un grand emploi et de quoi le soutenir, je serais ravi de recommen-cer ; à moins que cela, je serais fort embarrassé si le roi recevoit mes offres.Ainsi, madame, cessez de me plaindre sur les chagrins que vous croyez que jai.Il y a bien des gens en France qui ont de plus grands plaisirs que moi, maisil ny en a point au monde qui aient moins de peines. Cependant jai autantde courage et dambition que jen ai jamais eu ; mais il est vrai que je nesuis pas assez fou pour me tourmenter pour des maux inévitables. Aprèsles contrariétés de la fortune, je suis aussi peu fâché de nêtre pas maréchalde France que de nêtre pas roi. Un honnête homme fait tout ce quil peutpour savancer, et se met au-dessus des mauvais succès quand il na pas réussi.

Quand on na pas ce que lon aime,

Il faut aimer ce que lon a.

Je fais des vers aussi bien que vous, madame ; mais je suis assuré que jesavois les miens, et je crois que vous avez fait les vôtres.

Mademoiselle de Sévignô a raison de me faire des amitiés; après vous,je

* Bussy fut arrêté le 17 avril 1665, et conduit à la Bastille,