LETTRES DE MADAME DE SÉV1GNÉ
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étions tous? Guitaud étoit nu en chemise, avec des chausses; madame deGuitaud étoit nu-jambes, et avoit perdu une de ses mules de chambre ; ma-dame de Vauvineux était en petite jupe sans robe de chambre; tous les valets,tous les voisins, en bonnet de nuit ; l’ambassadeur étoit en robe de chambreet en perruque, et conserva fort bien la gravité do la sérénissime ; mais sonsecrétaire étoit admirable. Vous parlez de la poitrine d’IIercule; vraimentcelle-ci étoit bien autre chose, on la voyoit tout entière : elle est blanche,grasse, potelée, et surtout sans aucune chemise, car le cordon qui la devoitattacher avoit été perdu à la bataille. Voilà les tristes nouvelles de notrequartier. Je prie Deville 1 de faire tous les soirs une ronde pour voir si le feuest éteint partout ; on ne sauroit trop avoir de précautions pour éviter cemalheur. Je souhaite que l’eau vous ait été favorable ; en un mot, je voussouhaite tous les biens, et je prie Dieu qu’il vous garantisse de tous les maux.
A LA MÊME
A Paris, vendredi au soir, il février 1611.
Le Rhône, ma chère tille, me tient fort au cœur ; je crois que vous ôtes ar-rivée heureusement; mais j’aimerois bien à le savoir par vous : j’attends cettenouvelle avec une impatience digne de tout le reste. Il nous semble que vousarrivâtes samedi à Arles ; il nous semble qucM. de Grignan est venu au-devantde vous au Saint-Esprit ; il nous semble qu’il a été ravi de vous revoir et devous ravoir ; il nous semble que vous avez fait comme mercredi votre entrée àÀix ; et puis, il nous semble que vous êtes bien lasse. Ma chère enfant, repo-sez-vous, au nom de Dieu ; tenez-vous au lit, restaurez-vous, et contez-moi bienl’état où vous êtes. Savez-vous que votre souvenir fait ici la fortune de ceuxque vous en favorisez ? Les autres languissent après. Le petit mot pour ma tantene se peut payer ; en est encore fort loin de vous oublier. On m’a tantôt ditmille horreurs de cette montagne de Tarare ; que je la hais ! 11 y a un autrecertain chemin où la route est en l’air, et l’on tient le carrosse par l’impé-riale : je ne soldions pas cette idée ; mais il n’est plus question de tout cela.
RÉPONSE A LA LET'i'liE UE VIENNE
.le la reçois présentement, cette aimable lettre ; ne voyez-vous point commeje la reçois et avec quelle tendresse je la lis? Je crois que vous ne me de»
1 Maitre d'hôtel de M. de Grignan.