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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES 1)E MADAME DE SÉV1GMÉ

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A LA MÊME

A Paris, vendredi 15 mars 1071.

Me voici à la joie de mon cœur, toute seule dans ma chambre à vous écrirepaisiblement ; rien ne mest si agréable que cet état. Jai dîné aujourdhuichez madame deLavardin, après avoir été en Bourdaloue, étoientles mèresde lEglise : cest ainsi que jappelle les princesses de Conti et de Longueville.Tout ce qui étoit au monde étoit à ce sermon, et ce sermon étoit digne detout ce qui lécoutoit. Jai songé vingt fois à vous, et vous ai souhaitée autantde fois auprès de moi ; vous auriez été ravie de lentendre, et moi encoreplus ravie de vous le voir en*endre. M. de la Rochefoucauld a reçu très-plaisam-ment, chez madame de Lavardin, le compliment que vous lui faites ; on a fortparlé de vous. M. dAmbres y étoit avec sacousine de Brissac; il a paru sin-téresser beaucoup à votre prétendu naufrage; on a parlé de votre hardiesse.M. de la Rochefoucauld a dit que vous aviez voulu paraître brave, dans lespé-rance que quelque charitable personne vous en empêcherait ; et que nen ayantpas trouvé, vous aviez être dans le même embarras que Scaramouche.Nous avons été voir à la foire une grande diablesse de femme, plus grandequeRiberpré de toute la tête ; elle accoucha lautre jour de deux gros enfants,qui vinrent de front, les bras aux côtés : cest une grande femme tout à fait.Jai été faire des compliments pour vous à lhôtel de Rambouillet; on vous enrend mille. Madame deMontausier est au désespoir de ne vous point voir. Jaiété chez madame du Puy-du-Fou ; jai été, pour la troisième fois, chez ma-dame de Maillanes ; je me fais rire moi-même en observant le plaisir que jaide faire toutes ces choses. Au reste, si vous croyez les filles de la reine enra-gées, vous croyez bien. Il y a huit jours que madame de Ludres 1 , Coëtlogonet la petite de Rouvroi furent mordues dune petite chienne qui étoit à Théobon :cette petite chienne est morte enragée ; de sorte que Ludres, Coëtlogon et Rou-vroi sont parties ce matin pour aller à Dieppe et se faire jeter trois fois dansla mer. Ce voyage est triste; Benserade en étoit au désespoir; Théobon napas voulu y aller, quoiquelle ait été mordillée. La reine ne veut quelle laserve,quon ne sache ce qui arrivera de toute cette aventure. Ne trouvez-vouspoint que Ludres ressemble à Andromède? Pour moi, je la vois attachée au

Marie-Élisabeth de Ludres, clianoinesse de Poussay, qui fut aimée du roi.