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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES UE MADAME DE SËV1GNÉ

I. Eourdaloue ou du P. Mascaron : jai toujours honoré les belles Passions.Adieu, ma chère petite, jachèverai cette lettre à Paris ; voilà ce que vous aurezde Livry : si javois eu la force de ne vous y point écrire et de faire un sacrificeà Dieu de tout ce que jy ai senti, cela vaudrait mieux que toutes les pénitencesdu monde; mais, au lieu den faire un bon usage, jai cherché de la consola-tion à vous en parler : ah! ma fille, que cela est foible et misérable!

A LA MÊME

A Paris, mercredi 1 er avril 1071.

Je revins hier de Saint-Germain ; jétois avec madame dArpajon. Le nombrede ceux qui me demandèrent de vos nouvelles est aussi grand que celui de tousceux qui compose la cour. Je pense quil est bon de distinguer- la reine, quifit un pas vers moi, et me demanda des nouvelles de ma fille sur son aventuredu Rhône : je la remerciai de lhonneur quelle vousfaisoit de se souvenir devous. Elle reprit la parole, et me dit : «Contez-moi comme elle a pensé périr. » J eme mis à lui conter votre belle hardiesse de vouloir traverser le Rhône par ungrand vent, et que ce vent vous avoit jetée rapidement sous une arche à deuxdoigts du pilier, vous auriez péri mille fois, si vous laviez touché. La reineme dit : « Et son mari étoit-il avec elle ? Oui madame, et M. le coadjuteuraussi. Vraiment, ils ont grand tort, » reprit-elle, et fit des hélas, et dit deschoses très-obligeantes pour vous. 11 vint ensuite bien des duchesses, entreautre la jeune Ventadour, très-belle et très-jolie. On fut quelques momentssans lui apporter ce divin tabouret ; je me tournai vers le grand maître, et jedis . « Hélas ! quon le lui donne, il lui coûte assez cher L» Il fut de mon avis.Au milieu du silence du cercle, la reine se tourne, et me dit : « A qui ressemblevotre petite-fille? Madame, lui dis-je, elle ressemble à M. deGrignan. » SaMajesté fit un cri, jen suis fâchée ; et me dit doucement : « Elle aurait mieuxfait de ressembler à sa mère ou à sa grandmère. » Voilà ce que vous me valezde faire ma cour. Le maréchal de Bellefonds ma fait promettre de le tirerde la presse ; M. et madame de Duras, à qui jai fait vos compliments, MM. deCharost et de Montausier, et tutti quanti, vous les rendent au centuple. Jaidonné votre lettre à M. de Condom. Je ne dois pas oublier M. le Dauphin etMademoiselle, qui mont fort parlé de vous. Jai vu madame de Ludres ; elle

1 Henri do Haillon, comte, puis duc du Lude.

2 M. de Ventadour était non-seulement laid et contrôlait, niais encore tiès-dcliauehé.