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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNE ül

vint maborder avec une surabondance damitié qui me surprit; elle meparla de vous sur le même ton; et puis tout dun coup, comme je pensais luirépondre, je trouvai quelle ne mécoutoit plus, et que ses beaux yeux trot-toient par la chambre : je le vis promptement, et ceux qui virent que je levoyois me surent bon gré de l'avoir vu, et se mirent à rire. Elle a été plongéedans la mer, la mer la vue toute nue, et sa fierté en est augmentée ; jen-tends la fierté de la mer, car pour la belle, elle en est fort humiliée.

Les coiffures hurluberlu mont fort divertie ; il y en a que lon voudroit souf-fleter. La Choiseul ressembloit, comme dit Ninon, à un printemps dhôtellerie 1comme deux gouttes deau : cette comparaison est excellente. Mais quelle estdangereuse, cetleNinon ! Sivous saviez comme elle dogmatisesurlareligion,cela vous feroit horreur. Son zèle pour pervertir les jeunes gens est pareil àcelui dun certain M. de Saint-Germain que nous avons vu une foisàLivry.Elle trouve que votre frère a la simplicité de la colombe : il ressemble à samère ; cest madame de Grignan qui a tout le sel de la maison, et qui nest passi sotte que dêtre dans cette docilité. Quelquun pensa prendre votre parti, etvoulut lui ôter lestime quelle a pour vous ; elle le fit taire, et dit quelle ensavoit plus que lui. Quelle corruption ! Quoi ! parce quelle vous trouve belle etspirituelle, elle veut joindre à cela cette autre bonne qualité, sans laquelle,selon ses maximes, on ne peut être parfaite ! Je suis vivement touchée du malquelle fait à mon fils sur ce chapitre. Ne lui en mandez rien; nous faisons nosefforts, madame de la Fayette et moi, pour le dépêtrer dun engagement si dan-gereux. Il a de plus une petite comédienne 2 * * , et tous les Despréaux et lesRacine, et pave les soupers; enfin cest une vraie diablerie. 11 se moque desMascaron, comme vous avez vu -.vraiment il lui faudrait votre minime 5 . naijamais rien vu de si plaisant que ce que vous mécrivez-dessus ; je lai lu àM. de la Rochefoucauld ; il en a ri de tout son cœur. Il vous mande quil y a uncertain apôtre qui court après sa côte , et qui voudroit bien se lappropriercomme son bien ; mais il na pas lart de suivre les grandes entreprises. Jepense que Mellusine est dans un trou : nous nen entendons pas dire un seulmot. M. de la Rochefoucauld vous dit encore que sil avoit seulement trenteans de moins, il en voudroit fort à la troisième côte ' dcM. de Grignan. Len-droit vous dites quil y a deux côtes rompues le fit éclater. Nous vous souhai-tons toujours quelque sorte de folie qui vous divertisse; mais nous craignonsbien que celle- nait été meilleure pour nous que pour vous. Après tout, nous

1 Allusion aux mauvaises peintures quon trouve dans les cabarets.

2 La Champmélé.

5 Le minime qui prêchait à Grignan.

* Gest-à-dirc à madame de Grignan, qui était la troisième femme de M. de Grignan.