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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNË

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votre amitié ; je vous le disois lautre jour : elle fait toute ma joie et toutesmes douleurs. Je vous avoue que le reste de ma vie est couvert dombre etde tristesse, quand je songe que je la passerai si souvent éloignée de vous.

A LA MÊME

Aux Rochers, dimanche 21 juin 1671,

Enfin, ma fille, je respire à mon aise; je fais un soupir commeM. de laSouche 1 ; mon cœur est soulagé d'une presse qui ne me donnoit aucun re-pos; jai été deux ordinaires sans recevoir de vos lettres, et jétois si fort enpeine de votre santé, que jétois réduite à souhaiter que vous eussiez écrità tout le monde, hormis à moi. Je maccommodois mieux davoir été un peuretardée dans votre souvenir que de porter lépouvantable inquiétude quejavois de votre santé; mais, mon Dieu! je me repens de vous avoir écritmes douleurs : elles vous donneront de la peine quand je nen aurai plus.Voilà le malheur dêtre éloignées : hélas! il nest pas le seul.

Vous me mandez des choses admirables de vos cérémonies de la Fête-Dieu ;elles sont tellement profanes, que je ne comprends pas comme votre saint ar-chevêque (le cardinal Grhnaldi) les veut souffrir : il est vrai quil est Italien, etque cette mode vient de son pays. Enfin, ma fille, vous êtes belle; quoi! vousnêtes point pâle, maigre, abattue comme la princesse Olympie 2 ? Ah! je syistrop heureuse! Au nom de Dieu, amusez-vous, appliquez-vous à vous bien con-server. Je vous remercie de vous habiller; cette négligence, que nous vousavons tant reprochée, étoit dune honnête femme; votre mari peut vous en re-mercier, mais elle étoit bien ennuyeuse pour les spectateurs. Vous aurez, machère bonne, quelque peine à rallonger les jupes courtes; nos demoiselles deVitré, dont lune sappelle deBonnefoide Croqueoison, et lautre de Kerborgne,les portent au-dessus de la cheville du pied. Jappelle la Plessis mademoisellede Kerlouche; ces noms me réjouissent. Nous avons eu ici des pluies con-tinuelles ; et, au lieu de dire : Après la pluie vient le beau temps, nous disons :Après la pluie vient la pluie. Tous nos ouvriers ont été dispersés; et, au lieu demadresser votre lettre au pied dun arbre, vous auriez pu ladresser au coindufeu. Nous avons eu depuis mon arrivée beaucoup daffaires; nous ne savons en-

1 Allusion à la scène vi du 11* acte de l 'École des Femmes,

2 Héroïne de lArioste.

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