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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIG.TK

core si nous fuirons les états ou si nous les affronterons. Ce qui est certain,et dont je crois que vous ne douterez pas, cest que nous sommes bien loinde vous oublier : nous en parlons très-souvent; mais, quoique jen parlebeaucoup, jy pense encore davantage, et jour et nuit, et quand il sembleque je ny pense plus, et enfin comme on devroit penser à Dieu si on étoilvéritablement touché de son amour ; jy pense, en un mot, dautant plus quetrès-souvent je. ne veux pas parler de vous, fl y a des excès quil faut cor-riger, et pour être polie, et pour être politique ; il me souvient encorecomme il faut vivre pour nêtre pas pesante : je me sers de mes vieilles leçons.

Nous lisons fort ici : laMousse ma priée quil pût lire le Tasse avec moi : jelésais fort bien, parce que jai très-bien appris litalien ; cela me divertit. Sonlatin et son bon sens le rendent un bon écolier; et ma routine et les bons maîtresque jai eus me rendent une bonne maîtresse. Mon fils nous lit des bagatelles,des comédies quil joue comme Molière, des vers, des romans, des histoires ; ilest fort amusant; il a de lesprit, il entend bien, il nous entraîne ; il nous aempêchés de prendre aucune lecture sérieuse, comme nous en avions le des-sein. Quand il sera parti, nous reprendrons quelque belle morale de Nicole ;mais surtout il faut tâcher de passer sa vie avec un peu de joie et de repos ; etle moyen, quand on est à cent mille lieues de vous? Vous dites fort bien, on sevoit et on se parle au travers dun gros crêpe. Vous connoissez les Rochers,et votre imagination sait un peu méprendre : pour moi, je ne sais jen suis:je me suis fait une Provence, une maison à Aix, peut-être plus belle que celleque vous-avez; je vous y trouve. Pour Grignan, je le vois aussi; mais vous navezpoint, darbres, cela me fâche ; je ne vois pas bien vous vous promenez :jai peur que le vent ne vous emporte sur votre terrasse : si je croyoïs quilpût vous apporter ici par un tourbillon, je. tiendrais toujours mes fenêtresouvertes, et je vous recevrais. Dieu sait! Voilà une folie que je pousseraisloin. Mais je reviens, et je trouve que le château de Grignan est parfaitementbeau ; il sent bien les anciens Adhémar. Je suis ravie de voir comme le bonabbé vous aime; son cœur est pour vous comme si je Pavois pétri de mespropres mains ; cela fait justement que je ladore. Votre fille est plaisante :elle na pas osé aspirer à la perfection du nez de sa mère, elle na pasvoulu aussi... Je nen dirai pas davantage; elle a pris un troisième parti,et sest avisée davoir un petit nez carré : mon enfant, nen êtes-vous pointfâchée? Mais, pour cette fois, vous ne devez pas avoir cette idée; mirez-vous : cest tout ce que vous devez faire pour finir heureusement ce quevous commencez si bien. Adieu, ma très-aimable enfant: embrassez M. deGrignan pour moi. Vous lui pouvez dire les bontés de notre abbé.