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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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I, ET TRES DE MADAME DE SJÏVIGN'É

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A LA MÊME

Aux Rochers, mercredi 1 er juillet 1071,

Voilà donc le mois de juin passé; jen suis tout étonnée : je ne pensoispas quil dût jamais finir. Ne vous souvient-il pas dun certain mois de sep-tembre (jue vous trouviez qui ne prenoit point le chemin de faire jamaisplace au mois doctobre? Celui-ci prenoit le même train; mais je vois bienmaintenant que tout finit : men voilà persuadée.

Cest une aimable demeure que Fouesnel ; nous y fumes hier, mon filset moi, dans une calèche à six chevaux; il nv a rien déplus joli : il semblequon vole. Nous fîmes des chansons que nous vous envoyons ; le cas que nousfaisons de votre prose ne nous empêche point de vous faire part de nosvers. Madame de la Fayette est bien contente de la lettre que vous lui avezécrite. Voilà qui est fait, ma fille, votre frère nous va quitter. Nous allonsnous jeter, la Mousse et moi, dans de bonnes lectures. Le Tasse nous amusefort, et toutes les bagatelles du monde nous ont divertis jusquici, à causede mon fils, qui en est le roi. Je men vais faire de grandes promenadestoute seule tête à tête , comme disoit Tonquedec. Croyez-vous que je penseà vous? Jai aussi mon petit ami , que jaime tendrement : la plus aimablechose du monde est un portrait bien fait; quoi que vous puissiez dire, ce-lui- ne vous fait point de tort 1 . Vos lettres de Grignan mont nourrie etconsolée de mes chagrins passés ; jen attends toujours avec impatience ;mais, de bonne foi, jen écris souvent dune longueur trop excessive; jeveux (jue celle-ci soit raisonnable. Il nest pas juste de juger de vous parmoi : cette mesure est téméraire; vous avez moins de loisir que moi.

Voilà mademoiselle du Plessis qui entre ; elle me plante ce baiser que vousconnoissez, et me presse de lui montrer lendroit de vos lettres vous parlezdelle. Mon fils a eu linsolence de lui dire devant moi que vous vous souveniezdelle fort agréablement, et me dit ensuite : « Montrez-lui lendroit, madame,afin quelle nen doute pas. » Me voilà rouge comme vous quand vous pensezaux péchés des autres ; je suis contrainte de mentir mille fois et de dire quejai brûlé votre lettre. Voilà les malices de ce guidon 2 , Ën récompense, jelassurai lautre jour que si vous répondiez au-dessus de la reine dAragon ,vous ne mettriez pas à Guidon le sauvage. Jai reçu une lettre de Guitaud

1 Le portrait de sa fille.

- M, de Scvigné était guidon des gendarmes Dauphin,