Buch 
Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE'VIGNÉ

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sur son sujet. Comme il a de lesprit et quil est divertissant, il est impossibleque son absence ne nous donne de lennui. Nous allons commencer un traitéde morale deM. Nicole ; si jétois à Paris, je vous enverrois ce livre ; vous lai'nieriez fort. Nous continuons le Tasse avec plaisir, et je nose vous dire queje suis revenue à Cléopâtre , et que, par le bonheur que jai de navoir point demémoire, cette lecture me divertit encore. Cela est épouvantable; mais voussavez que je ne maccommode guère bien de toutes les pruderies qui ne mesont pas naturelles ; et, comme celle de ne plus aimer ces livres- ne mest pasencore entièrement arrivée, je me laisse divertir sous le prétexte de mon fils,qui ma mise entrain. Il nous alu aussi des chapitres de Rabelais à mourir derire ; en récompense, il a pris beaucoup de plaisir à causer avec moi, et, si jelen crois, il noubliera rien de tous mes discours. Je le connois bien, et souvent,au travers de ses petites paroles, je vois ses petits sentiments ; sil peutavoir congé cet automne, il reviendra ici. Je suis fort empêchée pour lesétats ; mon premier dessein étoit de les fuir et de ne point faire de dé-pense ; mais vous saurez que pendant que M. de Chaulnes va faire le tour desa province, madame sa femme vient lattendre à Vitré, elle sera dansdouze jours, et plus de quinze avant M. de Chaulnes; et tout franchementelle ma fait prier de lattendre et de ne point partir quelle ne mait vue.Voilà ce que lon ne peut éviter, à moins que de se résoudre à renoncer àeux pour jamais. Il est vrai que, pour nêtre point accablée ici, je puismen aller à Vitré; mais je ne suis point contente de passer un mois dansun tel tracas ; quand je suis hors de Paris, je ne veux que la campagne.

A LA MÊME

Aux Rochers, dimanche 12 juillet 1671.

Je nai reçu quune lettre de vous, ma chère fille; jen suis un peu fâchée;jétois dans lhabitude den avoir deux : il est dangereux de saccoutumer à dessoins tendres et précieux comme les vôtres ; il nest pas facile après cela de senpasser. Si vous avez vos beaux-frères ce mois de septembre, ce vous sera unetrès-bonne compagnie. Le coadjuteur a été un peu malade ; mais il est entière-ment guéri. Sa paresse est une chose incroyable, et son tort est dautant plusgrand quil écrit très-bien quand il sen veut mêler. Il vous aime toujours, et iravous voir après la mi-août ; il ne le peut quen ce temps-. Il jure, mais je croisquil ment, quil na aucune branche se reposer, et que cela lempêche dé-crire et lui fait mal aux yeux. Voilà tout'cc que je sais de Seigneur Corbeau;