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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNE

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le rendre odieux à la province ; et quand on seroit obligé denvoyer les ordres,il y a des gens sages qui disent quil en faudroit suspendre lexécution jusquà laréponse de Sa Majesté, à laquelle M. de Grignan écriroit une lettre dun hommequi est sur les lieux, et qui voit que, pour le bien de son service, il faut tâcherdobtenir un pardon de sa bonté pour cette fois. Si vous saviez comme cer-taines gens blâment M. de Grignan, pour avoir trop peu considéré son pays, encomparaison de lobéissance quil vouloit établir, vous verriez bien quil estdifficile de contenter tout le monde ; et, sil avoit fait autrement, ce seroit en-core pis. Ceux qui admirent la beauté de la place il est nen savent pas lesdifficultés. Par exemple, nêtes-vous pas à plaindre présentement? Le voyagedu roi est entièrement rompu, mais les troupes marchent toujours à Metz.-vigné y est déjà ; la Trousse sen va ; tous deux plus chargés de bonnes inten-tions que dargent comptant. Voilà larchevêque de Reims 1 qui commence parvous faire mille compliments très-sincères : il dit que M. dUzès na point vuson père aujourdhui : il massure encore que le roi est très-content de votremari ; quil reçoit le présent de votre province ; mais que, pour navoir pas étéobéi ponctuellement, il envoie des lettres de cachetpour exiler des consuls ; oune peut en dire davantage par la poste. Ce quil faut faire en général, cestdêtre toujours très-passionné pour le service de Sa Majesté ; mais il fauttâcher aussi de ménager un peu les cœurs des Provençaux, alin dêtre plusen état de faire obéir au roi dans ce pays-.

M. de la Rochefoucauld vous mande, et moi avec lui, que si la lettre quevous lui avez écrite ne vous paroît pas bonne, cest que vous ne vous y con-noissez pas. Il a raison; cette lettre est très-agréable et très-spirituelle : envoilà la réponse. Adieu, ma chère comtesse ; je pense à vous jour et nuit.Donnez-moi des moyens de vous servir pour amuser ma tendresse.

A LA MÊME

A Paris, mardi 5 janvier 1672.

Le roi donna hier, lundi 4 janvier, audience à lambassadeur de Hollande 2 ;il voulut que M. le Prince, M. de Turenne,M. de Bouillon et M. de Créquifussent témoins de ce qui se passeroit. Lambassadeur présenta sa lettre au

1 Charles-Maurice le Tellier.

2 Cet ambassadeur était Pierre Grotius, fils de fauteur du Droit de la Guerre et de laPaix,