LETTRES DE MADAME DE SÉ VIGNE
■Il R
deux états ; je ne parle pour personne. Adieu, ma très-chère ; cette lettre seracourte : je ne puis rien écrire dans l’état où je suis ; vous n’avez pas besoinde ma tristesse. Mais, si quelquefois vous recevez des lettres infinies, nevous en prenez qu’à vous, et aux flatteries que vous me dites sur le plaisirque vous donne leur longueur ; vous n’oseriez plus vous en plaindre. Je vousembrasse mille fois, et m’en retourne à mon jardin, et puis à un bout desalut, et puis chez des malades qui sont aussi chagrins que moi.
\oilà Madeleine-Agnès qui entre, et qui vous salue en Notre-Seigueur,
A LA MÊME
A Paris, mercredi 3 lévrier 107"2,
J’eus hier une heure de conversation avec M. de Pomponne : il faudroilplus de papier qu’il n’v en a dans mon cabinet pour vous dire la joie quenous eûmes de nous revoir, et comme nous passions à la hâte sur mille cha-pitres que nous n’avions pas le temps de traiter à fond. Enfin je ne l’aipoint trouvé changé ; il est toujours parfait. II croit que je vaux plus que jene vaux effectivement. Son père lui a fait comprendre qu’il ne pouvoit l’obligerplus sensiblement qu’en m’obligeant en toutes choses ; mille autres raisons, àce qu’il dit, lui donnent ce même désir, et surtout il se trouve quej’ai le gouver-nement de Provence sur les bras ; c’est un prétexte admirable pour avoir biendes affaires ensemble : voilà le seul chapitre qui ne fut point étranglé. Je lui par-lai à loisir de l’évêque ; il sait écouter aussi bien que répondre et crut aisémentle plan que je lui fis des manières du prélat ; il ne me parut pas qu’il approuvât,qu’un homme de sa profession voulût faire le gouverneur. lime semble que jen’oubliai rien de ce qu’il falloit dire ; il me donne toujours de l’esprit : le sienest tellement aisé, qu’on prend, sans y penser, une confiance qui fait qu’on parleheureusement de tout ce qu’on pense : je commis mille gens qui font le contraire.Enfin, ma fille,, sans vouloir m’attirer de nouvelles douceurs, dont vous êtesprodigue pour moi, je sortis avec une joie incroyable, dans la pensée que cetteliaison avec lui vous seroit très-utile. Nous sommes demeurés d’accord de nousécrire ; il aime mon style naturel et dérangé, quoique le sien soit comme celuide l’éloquence même. Je vous mandai l’autre jour de tristes nouvelles du pauvrechevalier; on venait de me les donner de même; j’appris le soir qu’il n’étoitpas si mal, et enfin il est encore en vie, quoiqu’il ait été au delà de l’extréme-onction et qu’il soit encore très-mal : sa peti te vérole sort et sèche en même