LETTRES DE MADAME DE SÉ VIC.VÉ
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chevalier de Beuvron est infini. M. de Navailles revient aussi, et servira delieutenant général dans l’armée de Monsieur, avecM. de Sehomberg. Le roi adit au maréchal de Villeroi : « Il t'alloit cette petite pénitence à votre fils ; maisles peines de ce monde ne durent pas toujours. » Vous pouvez vous assurer quetout ceci est vrai ; c’est mon aversion que les faux détails, mais j’aime les vrais :si vous n’êtes de mon goût, vous êtes perdue; car en voici d’infinis.
LaMarans étoit l’autrejour seule, en mante, chez madame de Longueville ;on siffloit dessus. Langlade vous mande que l’autre jour, en vue de vous plaire,il la releva bien de sentinelle sur des sottises qu’elle lui disoit, et qu’il vouseût bien souhaitée derrière la porte : plût à Dieu que vous y eussiez été!Madame de Brissac étoit inconsolable chez madame de Longueville ; maispar malheur le comte de Guiche se mit à causer avec elle, et elle oublia sonrôle, aussi bien que celui du désespoir le jour de la mort 4 ; car il falloitenun certain endroit qu’elle eût perdu connoissance ; elle l’oublia, et reconnutfort bien des gens qui entroient.
Adieu, ma très-chère, ma très-aimable ; ne trouvez-vous pas qu’il y a bienlongtemps que nous sommes séparées ? Je suis frappée de cette douleur d’unemanière tellement importune, qu’elle me serait insupportable si je n’aimoisà vous aimer autant que je fais, quelques peines qui y soient attachées.
A LA MEME
A Paris, vendredi 26 février 1672.
J’ai reçu la lettre que vous m’avez écrite pour M. de la Valette; tout m’estcher de ce qui vientde vous. Je lui veux faire avoir Pélisson pour rapporteur,afin de voir s’il sait bien faire le maître des requêtes; je ne le puis croire,si je ne le vois.
Cette pauvre Madame 2 est toujours à l’agonie ; c’est une chose étrange quel’état où elle est. Mais tout est en émotion dans Paris : le courrier d’Espagneest revenu; il dit que non-seulement la reine d’Espagne se tient au traité desPyrénées, qui est de ne point accabler ses alliés, mais qu’elle défendra lesllol-landois de toute sa puissance : voilà donc la plus grande guerre du monde al-lumée; et pourquoi? C’est bien proprement les petits soufflets: vous en
1 De madame la princesse de Couti.
3 Marguerite (le Lorraine, seconde femme de Gaston, duc d’Orléans, morte le 5 avrilsuivant.