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lettp.es de madame de sévigné
purger, à se rafraîchir, revient comme un gardon. La première chose qui luiarrive, c’est la fièvre tierce avec des accès qui la font rêver, qui la dévorent,et qui ne peuvent faire autre chose que la consumer, car elle est extrêmementmaigre et n’a rien dans le corps ; mais, quoique je sois touchée de cette ma-ladie, elle ne m’effraye point ; celle de ma tante est ce qui m’embarrasse. Ce-pendant fiez-vous à nous; laissez-nous faire : nous n’irions de longtemps enProvence, si nous n’y allions cette année. Quoique vous soyez en état de re-venir avec moi, laissez-nous partir; et, si la présence de l’abbé vous paroîtnécessaire à donner quelque ordre dans vos affaires, profitez de sa bonneintention. On fait bien des choses en peu de temps : ayez pitié de notre im-patience; aidez-nous à la soutenir, et ne croyez pas que nous perdions unmoment à partir, quand même il en devrait coûter quelque petite chose à labienséance. Parmi tant de devoirs, vous jugez bien que je péris. Ce que jefais m’accable, et ce que je ne fais pas m’inquiète. Ainsi le printemps quime redonnerait la vie n’est pas pour moi. Ah! ce ri est pas pour moi que sontfaits les beaux jours ! voilà ma chanson. Je fais pourtant de petites équipéesde temps en temps, qui me soutiennent l’âme dans le corps.
Je comprends fort bien l’envie que vous avez quelquefois de voir Livry;j’espère que vous en jouirez à votre tour. Ce n’est pas que M. d’Uzès ne vousdise comme le roi s’est fait une loi de n’accorder aucune grâce là-dessus ; ilvous dira ce qu’il lui dit : vous entendez bien ce que je veux dire. Mais vousen jouirez, s’il plaît à Dieu, pendant la vie de notre abbé. Je me faisois conterl’autre jour ce que c’est que votre printemps, et où se mettent vos rossignolspour chanter. Je ne vois que des pierres, des rochers affreux, ou des orangerset des oliviers dont l’amertume ne leur plaît pas : remettez-moi votre paysen honneur. J’approuve fort le voyage que vous faites, je le crois divertissant ;le bruit du canon me paroît d’une dignité de convenance : il y a quelque chosede romanesque à recevoir partout sa princesse avec cette sorte de magnifi-cence. Pour des étrangers et des princes Trasvbules qui arrivent à pointnommé, je ne crois pas que vous en avez beaucoup ; voilà ce qui manque àvotre roman : cette petite circonstance n’est pas considérable. Vous deviez bienme mander qui vous accompagne dans cette promenade. M. de Martel 1 a écritici qu’il vous recevrait comme la reine de France. Je trouve fort plaisante labelle passion du général des galères 2 : quand il voudra jouer l’homme saisi etsuffoqué, il n’aura guère de peine ; de la façon dont vous me le représentez, i Icrèvera aux pieds de sa maîtresse : il me paroît que vous êtes mieux ensembleque vous n’étiez : je comprends qu’à Marseille il m’aime fort tendrement.
4 Commandant la marine à Toulon.
2 Louis-Victor de Rorheehnuart, due de Vivnnne. h était extrêmement gros.