LETTRES 1)E MADAME DE SÉVI USÉ
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leurs chers enfants! J’ai vu le maréchal du Plessis; il est très-aflligé, maisen grand capitaine. La maréchale 1 2 * * * pleure amèrement, et la comtesse 8 estlâchée de n’étrc point duchesse; et puis c’est tout. Ali ! ma tille, sans rem-portement de M. de Longueville, songez que nous aurions la Hollande, sansqu’il nous en eût rien coulé \
A LA MÊME
A Paris, vendredi 2t juin 11)72.
Je suis présentement dans la chambre de ma tante! : si vous pouviez la voiren l’état qu’elle est, vous ne douteriez pas que je ne partisse demain matin.Elle a reçu aujourd’hui le viatique pour la dernière fois ; mais comme son malest d’ètre entièrement consumée, cette dernière goutte d’huile ne se trouvepas sitôt. Elle est debout, c’est-à-dire dans sa chaise, avec sa robe de chambre,sacornette, une coiffe noire par-dessus, et ses gants : nulle senteur, nulle mal-propreté dans sa chambre; mais son visage est plus changé que scelle étoitmorte depuis huit jours ; les os lui percent la peau ; elle est entièrement étiqueet desséchée ; elle n’avale qu’avec des difficultés extrêmes ; elle a perdu la pa-role. M. Vesou lui a signifié son arrêt ; elle ne prend plus de remèdes : lana-ture ne retient plus rien ; elle n’est quasi plus enflée, parce que l’hydropisiea causé le dessèchement ; elle n’a plus de douleurs, parce qu’il n v a plusrien à consumer; elle est fort assoupie, mais elle respire encore; et voilà àquoi elle tient : elle a eu des froids et des foiblesses qui nous ont fait croirequ’elle étoit passée ; on a voulu une fois lui donner l’extrême-onction. Je noquitte plus ce quartier, de peur d’accident. Je vous assure que, quelquechose que je voie au delà, cette dernière scène me coûtera bien des larmes ;c’est un spectacle difficile à soutenir, quand on est tendre comme moi.Voilà, ma fille, où nous en sommes. Il y a trois semaines qu’elle nous donnacongé à tous, parce qu’elle avoit encore un reste de cérémonie ; mais pré-sentement que le masque est ôté, elle nous a fait entendre, à l’abbé et àmoi, en nous tendant la main, qu’elle recevoit une extrême consolation denous avoir tous deux dans ces derniers moments : cela nous creva le cœur,
1 Colombo le Charron, morte en 1681.
2 Marie-Louise le Loup de Bellenave.
'> Le duc de Longueville, avec lacrànerie d’un soldat sans prudence, sans politique, criait
dans le combat : Point de quartier pour cette canaille! en tirant sur les Hollandais, qui de-
mandaient quartier.