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LETTRES 1)E MADAME DE SÉV1GNÉ
famille entière. Je trouve madame de Toulongeon, ma cousine, tort jolie et l'ortaimable. Je ne la croyoispas si bien faite, ni qu’elle entendît si bien les choses,Elle m’a dit mille biens de vos tilles ; je n’ai pas eu de peine à le croire. Adieu,mon cher cousin ; je m’en vais en Provence voir cette pauvre Grignan. Voilàce qui s’appelle aimer. Je vous souhaite tout le bonheur que vous méritez.
A MADAME DE GRIGNAN
A Marseille, mercredi. 1072.
Je vous écris après la visite de madame l’intendante et une harangue très-belle. J’attends un présent, et le présent attend ma pistole. Je suis ravie de labeauté singulière de cette ville. Hier le temps fut divin, et l’endroit d’où jedécouvris la mer, les bastides, les montagnes et la ville, est une chose éton-nante ; mais surtout je suis ravie de madame de Montfuron *; elle est aimable,et on l’aime sans balancer. Une foule de chevaliers vinrent hier voir M. deGrignan à son arrivée; des noms connus, desSaint-Hérem,etc.; des aventuriers,des épées, des chapeaux du bel air, une idée de guerre, de roman, d’embarque-ment, d’aventures, de chaînes, de fers, d’esclaves, de servitude, de captivité ;moi, qui aime les romans, je suis transportée. M. de Marseille vint hier ausoir : nous dînons chez lui; c’est l’affaire des deux doigts de la main. Il faitaujourd’hui un temps abominable; j’en suis triste; nous ne verrons ni mer,ni galères, ni port. Je demande pardon à Aix, mais Marseille est bien plusjoli et plus peuplé que Paris à proportion; il y a cent mille âmes au moins;de vous dire combien il y en a de belles, c’est ce que je n’ai pas le loisir decompter; l’air en gros y est un peu scélérat, et parmi tout cela je voudrais êtreavec vous. Je n’aime aucun lieu sans vous, et moins la Provence qu’un autre;c’est un vol que je regretterai. Remerciez Dieu d’avoir plus de courage quemoi; mais ne vous moquez pas de mes foiblesses ni de mes chaînes.
tuée à une lieu d’Autun, et qui porte aujourd’hui le nom de Moi.tjeu. La leltre est dalée deMontjeu.
' Cousine germaine de M. de Grignan.