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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉV1GNÉ

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souvenir quil falloit monter en litière ; ma chambre étoit pleine de monde; onme prioit dene point partir, parceque depuis plusieurs jours il pleut beaucoup,et depuis hier continuellement, et même dans ce moment plus quà lordinaire.Je résistois hardiment à tous ces discours, faisant honneur à la résolutionque javois prise et à tout ce que je vous mandai par la poste, en assurantque jarriverois jeudi; lorsque tout dun coup M. de Grignan, en robe dochambre domelette, ma parlé si sérieusement de la témérité démon entre-prise, disant que mon muletier ne suivroit pas ma litière, que mes muletstomberaient dans les fossés, que mes gens seraient mouillés et hors détat deme secourir, quen un moment jai changé davis, et jai cédé entièrement àces sages remontrances. Aussi, ma fille, coffres quon rapporte, mulets quondételle, filles et laquais qui se sèchent pour avoir seulement traversé la cour,et messager que lon vous envoie, connoissant vos bontés et vos inquiétudes,et voulant aussi apaiser les miennes, parce que je suis en peine de votre santé,etque cet homme ou reviendra nous en apporter des nouvelles, ou me retrou-vera par les chemins. En un mot, ma chère enfant, il arrivera à Grignanjeudi au lieu de moi, etmoi je partirai bien véritablement quand il plaira auciel et àM. de Grignan, qui me gouverne de bonne foi, et qui comprend toutesles raisons qui mefont souhaiter passionnément dêtre à Grignan. Si M. delàGarde pouvoit ignorer tout ceci, jen serais aise, car il va triompher du plaisirde mavoir prédit tout lembarras je me trouve; mais quil prenne garde àla vaine gloire qui pourrait accompagner le don de prophétie dont il pourraitse flatter. Enfin, ma tille, me voilà, ne mattendez plus du tout; je vous sur-prendrai, et ne me hasarderai point, de peur de vous donner de la peine, età moi aussi. Adieu, ma très-chère et très-aimable ; je vous assure que je suisfort affligée dêtre prisonnière à Lambesc; mais le moyen de deviner despluies quon na point vues dans ce pays depuis un siècle?

DU COMTE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ

A Bussy, ce 26 juin 1675.

Je mennuie fort, madame, de navoir aucune nouvelle de vous depuis quevous arrivâtes en Provence. Quand vous seriez en lautre monde, je nen auraispas moins. Est-ce quon ne songe plus quà ce quon voit, quand on est enProvence? Mandez-le-moi, je vous prie, parce quen ce cas- je vous iraistrouver, et jaimerais mieux me mettre au hasard de me brouiller à la cour, je nai plus rien à ménager, que de nentendre jamais parler de vous. Rail-