Buch 
Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SEV1GNÉ

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tous les pas que vous faites et à tous ceux que je fais, et combien il senfaut quen marchant toujours de cette sorte nous puissions jamais nous ren-contrer. Mon cœur est en repos quand il est auprès de vous ; cest son étatnaturel, et le seul qui peut lui plaire. Ce qui sest passé ce matin me donne unedouleur sensible, et me fait un déchirement dont votre philosophie sait lesraisons :je les ai senties et les sentirai longtemps. Jai le cœur et limaginationtout remplis de vous ; je ny puis penser sans pleurer, et jy pense toujours ;de sorte que létat je suis nest pas une chose soutenable ; comme il estextrême, jespère quil ne durera pas dans cette violence. Je vous cherchetoujours, et je trouve que tout me manque, parce que vous me manquez. Mesyeux, qui vous ont tant rencontrée depuis quatorze mois, ne vous trouventplus : le temps agréable qui est passé rend celui-ci douloureux, jusquà ce quejy sois un peu accoutumée; mais ce ne sera jamais assez pour ne pas sou-haiter ardemment de vous revoir et de vous embrasser. Je ne dois pas espérermieux de lavenir que du passé : je sais ce que votre absence ma fait souffrir ;je serai encore plus à plaindre, parce que je me suis fait imprudemment unehabitude nécessaire de vous voir. Il me semble que je ne vous ai point assezembrassée en partant : quavois-je à ménager ? Je ne vous ai point assez ditcombien je suis contente de votre tendresse; je ne vous ai point assez recom-mandée à M. de Grignan ; je ne lai point assez remercié de ses politesses etde toute lamitié quil a pour moi ; jen attendrai les effets sur tous les cha-pitres : il y en a il a plus dintérêt que moi, quoique jen sois plus touchéeque lui. Je suis déjà dévorée de curiosité ; je nespère de consolation que devos lettres, qui me feront encore bien soupirer. En un mot, ma fille, je ne visque pour vous : Dieu me fasse la grâce de laimer quelque jour comme je vousaime ! Je songe aux Fichons ; je suis toute pétrie de Grignan ; je tiens partout.Jamais un voyage na été si triste que le nôtre; nous ne disons pas un mot.Adieu, ma chère enfant; aimez-moi toujours; hélas! nous revoilà dans leslettres Assurez M. larchevêque démon respect très-tendre, et embrassez lecoadjuteur; je vous recommande à lui. Nous avons encore dîné à vos dépens.Voilà M. de Saint-Géniez qui vient me consoler. Ma fille, plaignez-moi de vousavoir quittée.

gnan pour Salon et pour Aix. Montélimar nost quà trois ou quatre lieues du château deGrignan.