LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ
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A LA MÊME
A Valence, vendredi 6 octobre 1075.
Mon unique plaisir consiste à vous écrire : la paresse du coadjuteur est bienétonnée de cette sorte de divertissement. Vous êtes à Salon, ma pauvre petite :vous avez passé la Durance, et moi, je suis arrivée ici. Je regarde tous leschemins qui vous verront passer cet hiver, et je fais des remarques sur lesendroits difficiles. Le plus sûr dans l’hiver, c’est une litière; il y a des pas oùil faut descendre de carrosse ou périr. M. de Valence 1 m’a envoyé son car-rosse avec Montreuil et le Clair, pour me laisser plus de liberté : j’ai été droitchez le prélat. Il a bien de l’esprit; nous avons causé une heure; ses mal-heurs et votre mérite ont fait les deux principaux points de la conversation.11 a deux dames de ses parentes avec lui. J’ai vu un moment les filles deSainte-Marie et madame votre belle-sœur 2 : sa belle abbesse se meurt; oncourt pour l’abbaye ; une grosse fièvre continue au milieu de la plus grandesanté : voilà qui est expédié. J’ai soupe chez le Clair avec Montreuil ; j’y suislogée. M. de Valence et ses nièces, fort parées, me sont venus voir.
On dit ici que le roi est allé joindre M. le Prince; on ne parle point de lapaix. Tout le cœur me bat quand je puis douter de votre voyage à Paris. Jecuis incessamment, et me passe fort bien de parler. J’ai une envie extrêmede savoir de vos nouvelles ; il me semble qu’il y a déjà bien longtemps que jene vous ai vue.
A LA MÊME
A Lyon, mardi 10 octobre 1675.
Je n’ai pas eu la force de recevoir votre lettre sans pleurer de tout mon cœur.Je vous vois dans Àix, accablée de tristesse, vous achevant de consumer lecorps et l’esprit ; cette pensée me tue. Il me semble que vous m’échappez, quevous me disparoissez, et que je vous perds pour toujours. Je comprends l’ennuique vous donne mon départ : vous étiez accoutumée à me voir tourner autourde vous II est fâcheux de revoir les mêmes lieux : il est vrai que je ne vous ai
1 Daniel de Cosnac, évêque de Valence.
2 Marie Adhéinar de Monteil, religieuse à Aubeiias, sœur de M. de Grignan.