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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGAÉ

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de sorte que la compagnie est complète. Cette maison est dune grandeur etdune beauté surprenantes ; M. de Guitaud 1 se divertit fort à la faire ajuster, ety dépense bien de largent: il se trouve heureux de navoir point dautre dé-pense à faire. Nous avons causé à linfini, le maître du logis et moi, cest-à-dire,j ai eu le mérite de savoir bien écouter. On passerait bien des jours dans cettemaison sans sy ennuyer : vous y avez été extrêmement célébrée, .le ne croispas que jen pusse sortir, si on y recevoit de vos nouvelles ; mais, ma fille, sansvous faire valoir ce que vous occupez dans mon cœur et dans mon souvenir, cetétat dignorance mest insoutenable. Je me creuse la tête à deviner ce que vousmavez écrit, et ce qui vous est arrivé depuis trois semaines, et cette applicationinutile trouble fort mon repos. Je trouverai cinq ou six de vos lettres à Paris ;je ne comprends pas pourquoi M. de Coulanges ne me les a pas envoyées, je lenavoisprié. Enfinje pars demain pourprendre le chemin de Paris; carvous voussouvenez bien que de Bourbilly on passe devant cette porte M. de Guitaudvint nous faire un jour des civilités. Je ne serai à Paris que la veille de la Tous-saint. On dit que les chemins sont déjà épouvantables dans cette province. Jene vous parle point de la guerre : on mande quelle est déclarée ; dautres, quisont des manières de ministres, disent que eest le chemin de la paix : voilà cequun peu de temps nous apprendra. M. dÂutun (Gabriel de Roquette) est ence pays; ce nest pas ici oùjelaivu, mais il en est près, et lon voit des gensqui ont eu le bonheur de recevoir sa bénédiction. Adieu, ma très-chère ettrès-aimable enfant; je ne trouve personne qui ne simagine que vous avezraison de maimer, en voyant de quelle façon je vous aime.

A LA M I': MI.

À MüL'ct, lundi au soir, 50 octobre 1075 .

Me voici bien près de Paris ; mais sans lespérance dy trouver toutes vos let-tres, je naurois aucune joie dv arriver. Je me représente loccupation que jepourrai avoir pour vous ; tout ce que jaurai à dire à MM. de Brancas, la Garde,labbé deGrignan, dHacqueville, à M. de Pomponne, àM. le Camus. Hors cela, je vous trouve, je ne prévois aucun plaisir : je mériterais que mes amis mebattissent et me renvoyassent sur mes pas ; plût à Dieu ! Peut-être que cette hu-

1 Guillaume de Pechpeirou Comenge, comte de Guitaud, était gouverneur des iles Sainte-Marguerite.