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LETTRES UE M \T)AME DE SÉVIGNÉ
chaussette ; je souhaite qu’il se porte bien, et que la fièvre le quitte, car il fautmettre flamberge au vent: je hais fort cette petite guerre 1 .
Je reviens à vos trois hommes que vous devez aimer très-solidement : ilsn’ont tous que vos affaires dans la tète ; ils ont trouvé à qui parler ; et notre con-férence a duré jusqu’à midi. La Garde m’assure fort de l’amitié de M. de Pom-ponne : ils sont tous contents de lui. Si vous me demandez ce qu’on dit à Paris,et de quoi il est question, je vous dirai que l’on n’y parle que de M. et madamedeGrignan, de leurs affaires, de leurs intérêts, de leur retour; enfin, jusqu’icije ne me suis pas aperçue qu’il s’agisse d’autres choses. les bonnes têtes vousdiront cequ’illcur semble de votre retour; je ne veux pas que vous m’en croyiez,croyez-en M. de la Garde. Nous avons examiné combien de choses doivent vousobliger devenir rajuster ce qu’a dérangé votre bon ami 2 , et envers le maître etenvers tous les principaux; enfin il n’y a point de porte où il n’ait heurté, etrien qu’il n’ait ébranlé par ses discours, dont le fond est du poison chamarréd’un faux agrément : il sera bon même de dire tout haut que vous venez, et vousFy trouverez peut-être encore, car il a dit qu’il reviendra, et c’est alors queM. de Pomponne et tous vos amis vous attendent pour régler vos allures à l’ave-nir. Tant que vous serez éloignée, vous leur échapperez toujours; et en véritécelui qui parle ici a trop d’avantage sur celui qui ne dit mot. Quand vous irez àOrange, c’est-à-dire M. deGrignan, écrivez à M. deLouvois l’état des choses,afin qu’il n’en soit point surpris. Ce siège d’Orange me déplaît par mille raisons.J’ai vu tantôt M. de Pomponne, M. de Bezons, madame d’Uxelles, madame deVillars, l’abbé de Pontcarré, madame deRarai ; tout cela vous fait mille com-pliments, et vous souhaite. Enfin croyez-en la Garde, voilà tout ce que j’ai àvous dire. On ne vous conseille point ici d’envoyer des ambassadeurs, on trouvequ’il fautM. de Grignan et vous : on se moque de la raison de la guerre. M. dePomponne a dit à d’IIacqucville que les affaires ne se démêleroient pas en Pro-vence, et que quelquefois on a la paix lorsqu’on parle le plus de la guerre.
Despréaux a été avec Gourville voir M. le Prince. M. le Prince voulutqu’il vît son armée. « Eh bien, qu’en dites-vous? dit M. le Prince. — Mon-seigneur, dit Despréaux, je crois qu’elle sera fort bonne quand elle sera ma-jeure. » C’est que le plus âgé n’a pas dix-huit ans.
La princesse de Modène 5 étoit sur mes talons à Fontainebleau; elle estarrivée ce soir; elle loge à l’Arsenal. Le roi la viendra voir demain; elle iravoir la reine à Versailles; et puis adieu.
1 II s’agissait du siège d’Orange.
4 II s'agit de l’évèque de Marseille, qui cabalait à Paris contre M. de Grignan.
5 Marie d’Este, qui allait épouser le duc d’York, frère de Charles II, roi d’Angleterre, aprèsla mort duquel le dur d’York fut proclamé roi sous le nom de Jacques II.