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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES UE M \T)AME DE SÉVIGNÉ

chaussette ; je souhaite quil se porte bien, et que la fièvre le quitte, car il fautmettre flamberge au vent: je hais fort cette petite guerre 1 .

Je reviens à vos trois hommes que vous devez aimer très-solidement : ilsnont tous que vos affaires dans la tète ; ils ont trouvé à qui parler ; et notre con-férence a duré jusquà midi. La Garde massure fort de lamitié de M. de Pom-ponne : ils sont tous contents de lui. Si vous me demandez ce quon dit à Paris,et de quoi il est question, je vous dirai que lon ny parle que de M. et madamedeGrignan, de leurs affaires, de leurs intérêts, de leur retour; enfin, jusquicije ne me suis pas aperçue quil sagisse dautres choses. les bonnes têtes vousdiront cequillcur semble de votre retour; je ne veux pas que vous men croyiez,croyez-en M. de la Garde. Nous avons examiné combien de choses doivent vousobliger devenir rajuster ce qua dérangé votre bon ami 2 , et envers le maître etenvers tous les principaux; enfin il ny a point de porte il nait heurté, etrien quil nait ébranlé par ses discours, dont le fond est du poison chamarrédun faux agrément : il sera bon même de dire tout haut que vous venez, et vousFy trouverez peut-être encore, car il a dit quil reviendra, et cest alors queM. de Pomponne et tous vos amis vous attendent pour régler vos allures à lave-nir. Tant que vous serez éloignée, vous leur échapperez toujours; et en véritécelui qui parle ici a trop davantage sur celui qui ne dit mot. Quand vous irez àOrange, cest-à-dire M. deGrignan, écrivez à M. deLouvois létat des choses,afin quil nen soit point surpris. Ce siège dOrange me déplaît par mille raisons.Jai vu tantôt M. de Pomponne, M. de Bezons, madame dUxelles, madame deVillars, labbé de Pontcarré, madame deRarai ; tout cela vous fait mille com-pliments, et vous souhaite. Enfin croyez-en la Garde, voilà tout ce que jai àvous dire. On ne vous conseille point ici denvoyer des ambassadeurs, on trouvequil fautM. de Grignan et vous : on se moque de la raison de la guerre. M. dePomponne a dit à dIIacqucville que les affaires ne se démêleroient pas en Pro-vence, et que quelquefois on a la paix lorsquon parle le plus de la guerre.

Despréaux a été avec Gourville voir M. le Prince. M. le Prince voulutquil vît son armée. « Eh bien, quen dites-vous? dit M. le Prince. Mon-seigneur, dit Despréaux, je crois quelle sera fort bonne quand elle sera ma-jeure. » Cest que le plus âgé na pas dix-huit ans.

La princesse de Modène 5 étoit sur mes talons à Fontainebleau; elle estarrivée ce soir; elle loge à lArsenal. Le roi la viendra voir demain; elle iravoir la reine à Versailles; et puis adieu.

1 II sagissait du siège dOrange.

4 II s'agit de lévèque de Marseille, qui cabalait à Paris contre M. de Grignan.

5 Marie dEste, qui allait épouser le duc dYork, frère de Charles II, roi dAngleterre, aprèsla mort duquel le dur dYork fut proclamé roi sous le nom de Jacques II.