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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNK

tutelle, et cest une nécessité que ce soit aux enfants dont on a été tutrice. Mon(ils viendra si vous venez : voyez, et jugez vous-même du plaisir que vousinc ferez. Il y a de limprudence à retarder cette affaire; le lion abbé peutmourir; je ne saurais plus par my prendre, et je serais abandonnée pourle reste de ma vie à la chicane des Bretons. Je ne vous en dirai pas davantage:jugez do mon intérêt, et de lextrême envie que jai de sortir dune affaireaussi importante. Vous avez encore le temps de iinir votre assemblée; maisensuite je vous demande cette marque de votre amitié, afin que je meure enrepos. Je laisse à votre bon cœur cette pensée à digérer.

Toutes les tilles de la reine furent chassées hier, on ne sait pourquoi i . Onsoupçonne quil y en a une quon aura voulu ôter, et que, pour brouiller lesespèces on a fait tout égal. Mademoiselle de Coëtlogonest avec madame de Ri-chelieu, la Mothe avec la maréchale, la Marck avec madame de Crussol ; Ludreset Dampierre retournent chez Madame; duRouvroi avec sa mère, qui sen vachez elle; Lannoise mariera, et parait contente; Théobon apparemment nedemeurera pas sur le pavé. Voilà ce quon sait jusquà présent.

Jai fait voir votre lettre à mademoiselle de Mérv ; elle est toujours languis-sante. Jai fait vos compliments à tous ceux que vous me marquez. LabbéTêtu est fort content de ce que vous me dites pour lui ; nous soupons souventensemble. Vous êtes très-bien avec larchevêque de Reims. Madame de Cou-langes nest pas fort bien avec le frère de ce prélat (M. deLouvois); ainsi necomptez pas sur ce ehcmin- pour aller à lui. Brancas vous est tout acquis.Vous êtes toujours tendrement aimée chez madame de Villars. Nous avons enfinvu, la Garde et moi, votre premier président ; cest un homme très-bien faitet dune physionomie agréable. Bezons dit : « Cest un beau mâtin, sil vouloitmordre.» 11 nous reçut très-civilement: nous lui fîmes les compliments deM. de Grignanetlesvôtres.Il y a des gens qui disent quil tournera casaque,et quil vous aimera au lieu daimer lévêque. Le flux les amena , le reflux lesemmène. Ne'vous ai-je point mandé que le chevalier deBuous 2 est ici? Je lecroyois je ne sais ; je fus ravie de lembrasser ; il me semble quil vous estplus proche que les autres. Il vient de Brest ; il a passé par Vitré; il a eu un dia-logue admirable avec Rahuel; il lui demande ce que cétoit que M. de Grignan,et qui jétois. Rahuel disoit : «CeM. de Grignan, cest un homme de grandecondition : il est le premier de la Provence ; mais il y a bien loin dici. Madameaurait bien mieux fait de marier mademoiselle auprès de Rennes. » Lecheva-

1 Dans un chapitre du Siècle de Louis XIV, Voltaire dit; « Laventure infortunée dune filled honneur de la reine donna lieu à ce renvoi. » Dette fille dhonneur, que Voltaire ne nommepas, était mademoiselle de Ludres.

2 Capitaine de vaisseau, et cousin geimain de M. de Grignan.