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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LKTTltES DE MADAME DE SÊV1GNÉ

elle est aimable, belle, bonne et négligée : on cause fort bien avec elle. Ma-dame dHeudicourt est allée rendre ses devoirs : il y avoit longtemps quellenavoit paru en ce pays-. On juge par que madame Scarron na plus de vifressentiment contre elle : son retour a pourtant été ménagé par dautres, et cenest quune tolérance. La petite dHeudicourt est jolie comme un ange; elle aété de son chef huit ou dix jours à la cour, toujours pendue au cou du roi :celte petite avoit adouci les esprits par sa jolie présence ; cest la plus bellevocation pour plaire que vous ayez jamais vue ; elle a cinq ans ; elle sait mieuxla cour que les vieux courtisans.

On disoit lautre jour à M. le Dauphin quil y avoit un homme à Paris quiavoit fait pour chef-dœuvre un petit chariot traîné par des puces. M. le Dau-phin dit à M. le prince de Conti : « Mon cousin, qui est-ce qui a fait les har-nois? Quelque araignée du voisinage, » dit le prince. Cela nest-il pas joli?Ces pauvres filles [de la Reine) sont toujours dispersées : on parle de faire desdames du palais, du lit, de la table, pour servir au lieu des filles. Tout cela seréduira à quatre du palais, qui seront, à ce quon croit, la princesse dHar-court, madame de Soubise, madame de Bouillon, madame de Roehefort,; etrien nest encore assuré.

Madame de Coulanges vous embrasse ; elle vouloit vous écrire aujourdhui :elle ne perd pas une occasion de vous rendre service; elle y est appliquée,et tout ce quelle dit est dun style qui plaît infiniment; elle se réjouit de laprise dOrangc ; elle va quelquefois à la corn', et jamais sans avoir dit quel-que chose dagréable pour nous.

A LA MÊME

A Paris, vendredi 8 duecinbru 1073.

Il faut commencer, ma chère enfant, par la mort du comte de Guiclie ;voilà de quoi il est question présentement. Ce pauvre garçon est mort de ma-ladie et de langueur dans larmée de M. de Turenne ; la nouvelle en vintmardi matin. Le père Bourdaloue la annoncée au maréchal deGramont, quisen douta, sachant lextrémité de son fils. 11 fit sortir tout le monde de sachambre; il étoit dans un petit appartement qu il a au dehors des capucines ;quand il fut seul avec ce père, il se jeta à son cou, disant quil devinoit bien cequil avoit à lui dire ; que cétoit le coup de sa mort, quil le reeevoit de la mainde Dieu : quil perd oit le seul et véritable objet de toute sa tendresse et de