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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

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revenus Je dix lieues dici. Nous ne songeons plus quil y ait eu un comtede Guielie au monde. Nous vous moquez avec vos longues douleurs : nousnaurions jamais fait ici, si nous voulions appuyer autant sur chaque nou-velle : il faut expédier ; expédiez, à notre exemple.

A LA MÊME

A Paris, lundi, premier jour de lan 1074.

Je vous souhaite une heureuse année, ma chère fille, et dans ce souhait jecomprends tant de choses, que je naurois jamais fait si je voulois en faire ledétail. Je nai point encore demandé votre congé, comme vous le craignez;mais je voudrais que vous eussiez entendu la Garde, après dîner, sur la néces-sité de votre voyage ici, pour ne pas perdre vos cinq mille francs, et sur ce quilfaut que M. Grignan dise au roi. Si cétoit un procès quil fallût solliciter con-tre quelquun qui voulût nous faire cette injustice, vous viendriez assurémentle solliciter ; mais comme cest pour venir en un lieu vous avez encoremille autres affaires, vous êtes paresseux tous deux. Ah! la belle chose quela paresse ! En voilà trop ; lisez la Garde, chapitre premier. Cependant vous au-rez du plaisir de voir eLde recevoir lapprobation du roi. A propos, on a ré-voqué tous les édits qui nous étrangloient dans notre province ; le jour queM. de Chaulnes lannonça, ce fut un cri de vive le roi ! qui fit pleurer tousles états. Chacun sembrassoit ; on étoit hors de soi : on ordonna un Te Deum ,des feux de joie et des remerciments publics à M de Chaulnes. Mais savez-vousce que nous donnons au roi pour témoigner notre reconnoissance? Deuxmillions six cent mille livres, et autant de don gratuit; cest justement cinqmillions deux cent mille livres. Que dites-vous de cette petite somme? Vouspouvez juger par de la grâce quon nous a faite de nous ôter les édits.

Mon pauvre fils est arrivé, comme vous savez, et sen retourne jeudi avecplusieurs autres. M. de Monterey est habile homme : il fait enrager tout lemonde. Il fatigue notre armée, et la met hors détat de sortir et dêtre encampagne avant la fin du printemps. Toutes les troupes étoient bien à leuraise pour leur hiver; et quand tout sera bien crotté à Charleroi, il nauraquun pas à faire pour se retirer : en attendant, M. de Luxembourg ne sau-rait se désopiler. Selon toutes les apparences, le roi ne partira pas si tôt quelannée passée. Si, tandis que nous serons en train, nous faisions quelque in-sulte à quelques grandes villes, et quon voulût sopposer aux deux héros %

1 M. le Prince et M. de Ttirenne,