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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉV1GNÉ

On va fort à lopéra nouveau ; on trouve pourtant que lautre étoit plus agréa-ble. Baptiste croyoit lavoir surpassé : leplus juste sabuse ; ceux (pii aiment lasymphonie y trouvent toujours des charmes nouveaux. Je crois que je vous at-tendrai pour y aller. Les bals de Saint-Germain sont dune tristesse morlelle :les petits enfants veulent dormir dès dixheures, etleroi na cette complaisanceque pour marquer le carnaval. 11 disoil à son diner : « Quand je ne donne pointde plaisir, on se plaint; et quand jen donne, les dames ny viennent pas. »11 ne dansa la dernière fois quavec madame de Crusse). M. de Crussol 1 ,qui tient le premier rang pour les bons mots, disoit en regardant sa femme,plus rouge que les rubis dont elle étoit parce : « Messieurs, ma femmenest pas belle, mais elle a bon visage. »

Votre retour est présentement une nouvelle de la cour : vous ne sauriez croireles compliments que lon men lait. 11 y a aujourdhui cinq ans, ma tille,que vous fûtes mariée. Je vous embrasse avec une tendresse infinie.

A LA MÊME

À Paris, vendredi 2 février 1(574'.

Vous me parlez de lordinaire du 15, et pas un mot du 12, que vous attendiezavec impatience, et qui vous portoit votre congé ; mais, puisque vous nen ditesrien, cest signe que vous lavez reçu. Je trouve que vous ne vous pressez pointassez de partir. Tout le monde maccable de me demander si vous êtes partie, etquand vous arriverez ; je ne puis rien dire de juste : il me semble que vous de-vez être à Grignan, et que vous enpartez demain ou lundi. Enfin, ma chère enfant,je ne pense quà vous, et je vous suis partout. Je vous remercie de lassurance quevous me donnez de ne vous point exposer en carrosse sur les bords du Rhône.Vous voulez prendre la Loire : vous saurez mieux que nous à Lyon ce qui voussera le meilleur. Arrivez en bonne santé, cest tout ce que je désire; mon cœurest fortement touché de la joie de vous embrasser. Ira au-devant de vous quivoudra; pour moi, je vous attendrai dans votre chambre, ravie de vous y voir :vous y trouverez du feu, des bougies, de bons fauteuils, et un cœur qui ne sau-roit être surpassé en tendresse pour vous. Jembrasserai le comte et le coadju-teur; je les souhaité tous deux. Larchevêque de Reims mest venu voir; ildemande le coadjuteur à cor et à cri. Vraiment vous êtes obligée à M. de Pom-

1 Depuis duc dl'iiès.