Buch 
Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES RE MADAME RE SÉVIGNE

avertir ses amis que lon change de lieu. Si vous avez besoin de mes serviceset de lhuile de Provence, je vous en ferai votre provision. Mais ce nest pastout ce que je veux vous dire; c'est un compliment que je veux vous fairesur le mariage de mademoiselle votre fille. Je ne sais pas trop comment ilsen faut démêler, et je ne puis que répéter quelquun de ceux quon vousaura faits, et dont vous vous êtes déjà moqué. Ce sera donc pour une autrefois; et, si Dieu vous fait la grâce dêtre grand-père au bout de lan, je seraila première à vous dire mille gentillesses, et à elle aussi. En attendant, jevous embrasse tous deux de tout mon cœur.

.MADAME DE SÉV1GNÉ A MADAME DE GUIGNA N

A Livry, lundi 27 mai 1075,

Quel jour, ma fille, que celui qui ouvre labsence! Comment vous a-t-il paru?Pour moi, je lai senti avec toute lamertume et toute la douleur que javoisimaginées et qucjavois appréhendées depuis si longtemps. Quel momentquecelui nous nous séparâmes ! quel adieu et quelle tristesse daller chacune deson côté, quand on se trouve si bien ensemble ! Je ne veux point vous en parlerdavantage, ni célébrer, comme vous dites, toutes les pensées qui me pressentle cœur. Je veux me représenter votre courage, et tout ce que vous mavez ditsur ce sujet, qui fait que je vous admire. Il me parut pourtant que vous étiezun peu touchée en membrassant. Pour moi, je revins à Paris, comme vouspouvez vous limaginer. M.de Coulanges se conforma à mon état : jallai des-cendre chez M. le cardinal de Retz, je renouvelai tellement toute ma dou-leur, que je fis prier M. de la Rochefoucauld, madame de la Fayette et madamede Coulanges, qui vinrent pour me voir, de trouver bon que je neusse pointcet honneur. 11 faut cacher ses foiblesses devant les forts. M. le cardinal entradans les miennes : la sorte damitié quil a pour vous le rend fort sensible àvotre départ. Il se fait peindre par un religieux de Saint-Victor. Je crois que,malgré Caumartin, il vous donnera loriginal. Il sen va dans peu dejours : sonsecret est répandu ; ses gens sont fondus en larmes. Je fus avec lui jusquà dixheures. Ne blâmez point, mon enfant, ce que je sentis en rentrant chez moi.Quelle différence! quelle solitude! quelle tristesse! votre chambre, votre ca-binet, votre portrait ! Ne plus trouver cette aimable personne ! M.deGrignancomprend bien ce que je veux dire et coque je sentis. Le lendemain, qui étoithier, je me trouvai tout éveillée à cinq heures : jallai prendre Corbinelli pourvenir ici avec labbé. Il y pleut sans cesse, et je crains fort que vos chemins de