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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

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Bourgogne 11e soient rompus. Nous lisons ici des maximes que Corbinellimexplique : il voudrait bien mapprendre à gouverner mon cœur. Jauraisbeaucoup gagné à mon voyage, si jen rapportois cette science. Je men re-tourne demain : javois besoin de ce moment de repos pour remettre un peuma tète, et reprendre une espèce de contenance.

A LA MÊME

À Paris, mercredi 5 juin 1675.

Je nai reçu aucune de vos lettres depuis celle de Sens ; et vous savez quelleenvie je puis avoir dapprendre des nouvelles de votre santé et de votre voyage ;je suis très-persuadée que vous mavez écrit : je ne me plains que des arrange-ments ou des dérangements de la poste. Selon notre calcul, vous êtes à Grignan,à moins quon ne vous ait retenue les fêtes à Lyon. Enfin, ma fille, je vous aisuivie partout ; et il me semble que le Rhône na point manqué au respectquil vous doit. Jai été à Livry avec Corbinelli : jen suis revenue prompte-ment, pour ne pas perdre un moment de ceux que je puis employer encore àvoir notre cardinal. La tendresse quil a pour vous et la vieille amitié quil apour moi mattachent très-tendrement à lui : je le vois tous les soirs depuishuit heures jusquà dix ; il me semble quil est bien aise de m'avoir jusquà soncoucher : nous causons sans cesse de vous; cest un sujet qui nous mène bienloin, et qui nous tient uniquement au cœur. Il veut venir ici ; mais je nepuis plus souffrir cette maison vous me manquez.

La duchesse de la Vallière 1 fit hier profession. Madame de Villars mavoit pro-mis de my mener, et, parun malentendu, nous crûmes navoir point de pla-ces. Il ny avoit quà se présenter, quoique la reine eût dit quelle ne vouloitpas que la permission fût étendue; tant y a, Dieu ne le voulut pas : ma-dame de Villars en a été affligée. Elle fit donc cette action, cette belle etcourageuse personne, comme toutes les autres de sa vie, dune manièrenoble et charmante : elle étoit dune beauté qui surprit tout le monde.

Madame de Coulanges part lundi avec Corbinelli ; cela môte ma compa-

1 Elle fit profession aux Carmélites de la rue Saint-Jacques. Il y avait plus de trois ans quellene recevait à la cour que des affronts de sa rivale et des duretés du roi. Elle ny était restée,disait-elle, que par esprit de pénitence. Elle disait souvent: « Quand jaurai do la peine auxCarmélites, je me souviendrai de ce que ces gens- mont fait souffrir. » (Souvenirs de ma-dame deCaylas.)

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