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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

gnic : vous savez comme Corbinelli mest bon, et de quelle sorte il entre dansmes sentiments. Je suis convaincue de son amitié, je sens son absence ; mais,mon enfant, après vous avoir perdue, que peut-il marriver dont je doive meplaindre? Je ne men plains aussi que par rapport à vous, et comme étant un deceux avec qui je trouve le plus de consolation ; car il ne faut pas croire queceux à qui je nose en parler autant que je voudrais me soient aussi agréablesque ceux qui sont dans mes sentiments. Il me semble que vous avez peur queje ne sois ridicule, et que je ne me répande excessivement sur ce sujet : non,non, ne craignez rien ; je sais gouverner ce torrent : fiez-vous un peu à moi, etme laissez la liberté de vous aimer jusquà ce quil ait plu à Dieu de vous ôterde mon cœur pour sy mettre : cest à lui seul que vous céderez cette place.Enfin, je me suis trouvée si uniquement occupée et remplie de vous, que moncœur nétant capable de nulle autre pensée, on ma défendu de faire mes dévo-tions à la Pentecôte, et cest savoir le christianisme. Adieu, ma chère enfant;jachèverai ma lettre ce soir.

Je reçois votre lettre de Mâcon. Je nen suis pas encore à pouvoir lire ce quime vient de vous sans que la fontaine joue son jeu : tout est si tendre dansmon cœur, que, dès que je touche à la moindre chose, je nen puis plus. Vouspouvez penser quavec cette belle disposition je rencontre souvent des occa-sions ; mais ne craignez rien pour ma santé, je ne puis jamais oublier cettebouffée de philosophie que vous me vîntes souffler ici la veille de votre départ.Jen profite autant que je puis; mais jai une si grande habitude à être foiblc,que, malgré vos bonnes leçons, je succombe souvent.

A LA MÊME

A Paris, vendredi 7 juin 1675.

Enfin, ma fille, me voilà réduite à faire mes délices de vos lettres : il est vraiquelles sont dun grand prix; mais, quand je songe que cétoit vous-même quejavois, et que jai eue quinze mois de suite, je ne puis retourner sur ce passésans une grande tendresse et une grande douleur. 11 y a des gens qui montvoulu faire croire que lexcès de mon amitié vous incommodoit; que cettegrande attention à vouloir découvrir vos volontés, qui tout naturellement de-venoient les miennes, vous faisoit assurément une grande fadeur et un granddégoût. Je ne sais, ma chère enfant, si cela est vrai ; ce que je puis vous dire,cest quassurérnent je nai pas eu dessein de vous donner cette sorte de peine.